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"Monsieur Martinez", m.e.s. de Quentin Defalt – Théâtre du Rond-Point
Théâtre
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(Les Cadouin # 1) En plein mois de juillet. Mais rien, sur la scène, ne laisse suggérer un temps estival. Quatre panneaux en cartons posent le décor : une cité, un lampadaire au pied duquel se trouve une poubelle, une mobylette en panne, garée dans un parking paumé de banlieue et une baraque à frites. Les couleurs sont ternes et les visages enfarinés à l'extrême. Ils sont quatre, quatre personnages à errer dans la ville. Les deux soeurs Cadouin, Suzanne et Vivianne, vendent sandwichs, frites et boissons. Dans leur baraque, elles croisent Michaël, l'agent de sécu au verbe et à la garde-robe empruntés aux Deschiens et coiffé comme Jacquouille la Fripouille, dans sa version blondinette. Puis, il y a ce Monsieur Martinez, prof de lettres dans un collège et surtout seul, depuis son veuvage. Tous vont et viennent, non pas dans la fromagerie de Morel, mais dans cette gargote, qui voient défiler des tenues vestimentaires surannées et la vie de ces petites gens. Ecrite à plusieurs mains (par Juliette Coulon, Quentin Defalt, Olivier Faliez, Charlotte Laemmel et Gaëtan Peau ) et à partir d'improvisations, la pièce oscille entre plusieurs registres. Le rire éclate face aux looks versant dans l'ultra-kitsch et aux objets prosaïques en carton-pâte (verre, radio, stylo, et bouteilles de Pampryl secouées à gogo). Le faux a une place privilégiée et le comique, aussi. Le personnage de Michaël a la panoplie entière du beauf. L'agent de sécu parle avec un accent aux antipodes des invités qui débarquent aux soirées mondaines de l'ambassadeur tandis que Suzanne, pupille de la nation, s'invente des liens de parenté complètement barrés. Ainsi sur son arbre généalogique figurent les bouilles de Sophie Marceau, Charles Bronson et Michel Drucker. Vivianne, sa soeur aînée, passe son temps à exceller dans l'art du simulacre, au milieu du graillon de la baraque à frites. On ment comme on respire. Derrière les mots se cachent des mensonges. Et un grand vide, aussi.Bien qu'il enseigne la langue de Molière, Monsieur Martinez manie les mots comme Paris Hilton manie une boîte à outils et tente pourtant une sorte de radio-crochet. L'homme, qui affiche la même allure qu'un parapluie tout usé, enchaîne les jeux de mots foireux, du type blagues Carambar. Grand moment de solitude lorsque ses spectateurs, Suzanne, Vivianne et Michaël restent de marbre face à ses prestations verbales, plus plates qu'une conversation sur la pluie et le beau temps. L'homme est bien loin de son homonyme, Joachim Du Bellay dont il est fait allusion dans la pièce. Impossible de communiquer ici. L'unique échange possible réside dans le commerce de bouffe et autre. La pièce a pour sous-titre « Les Cadouin # 1 » mais on aurait pu choisir « Malheureux, qui comme ces personnages similaires à ceux de Beckett, ont fait un voyage dans le néant ». Les deux soeurs, le prof et l'agent de sécu présentent des ressemblances avec les protagonistes du théâtre de l'Absurde. Ils sont tels des clowns tristes, esseulés et chacun rempli de peurs. L'évocation de ces dernières, à travers des tableaux cauchemardesques, constituent de véritables morceaux de bravoure. Les corps semblent déglingués et impuissants, noyés dans une atmosphère lynchéenne. Au cours de ces visions, seuls le bégaiement, le mensonge ou le mutisme triomphent sur scène. L'humour est tragique. L'on passe de l'écoute d'un tube d'eurodance loufoque à un chant lyrique qui souligne le désespoir des personnages, de manière abrupte et c'est bien là toute la puissance du spectacle. Monsieur Marinez provoque un rire avec des dents merveilleusement acérées et qui mordent très juste. Théâtre du Rond-Point 2 bis, avenue Franklin D. Roosevelt 75008 Paris
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