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Steve Mc Queen - "Hunger" (Avant-première)

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Posté par Olivier Rossignot le 2008-11-02



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Jetés au sol, piétinés, projetés contre les murs, les détenus de Hunger ne sont plus que des plaies vivantes, des blessures qu’on s’acharne à rouvrir quotidiennement. Oeuvre brute et sèche, le premier long métrage de Steve Mc Queen surprend dès ses premières images, par une extrême violence frontale, nécessitant d’y être quelque peu préparé, métamorphosant ainsi le spectateur en compagnon de cellule de prisonniers amaigris, prêt à observer leur calvaire. Car il s’agit bien d’un martyr que ceux des républicains de l’IRA dans la prison de Maze en Irlande du Nord en 1981 qui, pour protester contre le refus d’obtenir le statut de prisonniers politiques entamèrent la « grève de la couverture et de la propreté ». Découpé en deux parties distinctes, la deuxième s’attache plus particulièrement au sort de Bobby Sands qui entamera une grève de la fin en guise d’ultime recours pour être entendu, devenant un symbole pour toute l’Irlande. Hunger fait incontestablement devoir de mémoire et à l’heure des exactions en Irak dans les prisons, Mc Queen met les pieds dans le plat, en rappelant que la maltraitance et la torture ne sont pas l’apanage des Etats-Unis et que son propre gouvernement (celui de M.Tatcher) a aussi commis de belles exactions dans les années 80. Mais au delà de la dimension purement historique et politique, Hunger s’interroge sur l’inclination de l’homme à exercer le mal sur son prochain, avec un sadisme naturel, démultiplié lorsqu’il s’exerce au sein de la collectivité et des institutions. Pénétrer entre les murs, c’est passer une frontière, tel un changement de dimension dans laquelle le citoyen modèle se fait « autre » : l’homme n’est plus homme, mais une pure fonction, un mécanisme, un exécutant. La prison protégeant du regard extérieur, l’individu peut y laisser libre court à ses pulsions refoulées. Le tour de force de Hunger tient à cette capacité à retranscrire un isolement qui isole également du monde du « mot ». La prison évacue tout dialogue entre les hommes. C’est un lieu dans lequel chaque sens est en éveil, dans lequel le bruit infime est un vacarme, un lieu de souffles, de grognements, de hurlements et de regards ; subsiste une communication tribale, primitive ramenée à sa dimension originelle. Les gardiens frappent. Les prisonniers crient et parlant un dialecte inconnu l’un à l’autre, ils renoncent au langage. Hirsutes, renfermés dans leur solitude, dans un état semi-animal ils perdent tout contact avec le réel.



C’est d’ailleurs un extraordinaire dialogue entre le prêtre et Bobby Sands, qui vient rompre l’aphasie et redonner un sens à la parole, véritable affrontement, d’ordre verbal cette fois-ci, mais qui, pour la première fois, illustre un rapport d’égal à égal entre deux hommes que les convictions opposent mais qui se respectent. Ce long plan séquence d’une vingtaine de minutes nous tire de l’état d’apnée auquel nous avait habitués Hunger, nous sort des limbes pour nous ramener à une humanité, tel un retour à la civilisation, à l’air libre de la phrase. Dans ce climat intense d’électricité émotionnelle, Liam Cunnigham et Michael Fassbender excellent à créer une tension fascinante, entre la rencontre de deux âmes et le présage de l’inéluctable. Elle constitue une parenthèse avant de passer à un autre enfer, d’un calvaire à l’autre, du collectif à l’individuel et parallèlement au passage vers une réflexion sur l’engagement et la capacité à mourir pour ses idées. L’avenir de plusieurs vaut-il la mort d’un seul homme ? Jusqu’ou peut on aller pour défendre ses opinions ? Mc Queen n’y répond pas, et même si le carton final mentionnant les revendications acceptées après la mort de Bobby Sands offre un début de réponse, toute la description minutieuse de son supplice inspire une épouvante presque métaphysique et une interrogation quant à la légitimité du sacrifice de soi pour une cause collective. Mc Queen y apparaît comme un cinéaste viscéral dans sa propension à montrer l’insoutenable dégradation progressive du corps, de la chair qui part en lambeaux. Il est rare de sentir à ce point la durée de la mort dans laquelle le moindre des gestes devient une douleur.



Dans sa quasi unité de lieu et la sempiternelle répétition des mêmes actes, avec son ambiance d’émeute, de violence insoutenable, de torture morale et physique, d’humiliation en tous genres, Hunger pourrait s’apparenter à un pur film de prison dont le cinéma d’exploitation était friand. Mais le point de vue de Mc Queen ne souffre de nulle ambiguïté et encore moins dans sa représentation de la violence. Hunger aspire à nous mettre face à face avec la souffrance de ses protagonistes, en nous transportant à l’intérieur d’une prison, en refermant la porte derrière. Hunger fonctionne sur un principe d’empathie qui plutôt que de chercher à démontrer, en désignant les bons et les méchants, jette immédiatement dans l’obscurité - à notre regard de s’habituer – pour faire partager la tension, l’angoisse et la brutalité du quotidien carcéral, à faire vivre l’épreuve des victimes, transmettant le ressenti des personnages. La moindre douleur étreint. Le temps s’étend, s’étire, se suspend, les minutes s’écoulant goutte à goutte vers l’inéluctable. Au bout d’un long couloir, un gardien balaie l’urine qui s’écoule des cellules, s’avançant lentement, en un magnifique plan fixe qui étouffe, jusqu’à ce que la serpillière soit près de nous toucher. Magnifique photographie, impressionnante gestion du temps et de l’espace magnifié par l’utilisation du scope, la mise en scène de Mc Queen fait preuve d’une impressionnante maîtrise. Cependant, il arrive que la stylisation formelle, ne s’effaçant jamais derrière son sujet, ressemble parfois à un dispositif trop voyant et artificiel. En outre, le choix d’une esthétique extrêmement soignée laisse parfois dubitatif tant il semble en inadéquation avec son sujet même. Lorsqu’un gardien vient fumer une cigarette dehors et que la neige se met à tomber, l’irruption du beau nous paraît presque obscène. A cette réserve près, Hunger reste un huit clos étouffant, une expérience sensorielle pénible allant jusqu’à transmettre les relents excrémentiels : Mc Queen emprisonne littéralement le spectateur, lui laissant l’impression d’être sale et poisseux, pressé de se libérer de ces exhalaisons de plaies, de merde et de sang.

Sortie le 26 Novembre 2008




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Commentaires
De : noodles

la dernière phrase me renvoie illico 25 ans en arrière, à ma lecture du livre d'artaud "Héliogabale ou l'anarchiste couronné" .... manque juste le sperme...je file chercher mon exemplaire à la recherche de LA phrase..

De : noodles

BINGO c'est l'incipit (merde alors quelle mémoire phénoménale !) "S'il y a autour du cadavre d'Héliogabale, mort sans tombeau, égorgé par la police ds les latrines de son palais, une intense circulation de sang et d'excréments, il y eut autoue de son berceau une intense circulation de sperme."

en 4ème de couv' un récent prix Nobel français déclare "qui n'a pas lu "Héliogabale" n'a pas touché le fond même de notre littérature sauvage."

De : noodles

j'y cois pas ! zéro débat sur ce film qui m'a l'air particulièrement antipathique pour ne pas dire insupportable ... le mec fort est celui qui contrairement à mc queen nous mettrait mal à l'aise sans rien montrer frontalement, je suis complet d'accord avec fred bonnaud qui sur canal a dit que ce film ne nous épargnait rien alors que le cinéma devait tout nous épargner....

De : NOODLES

J'Y CROIS PAS !

De : alexis

" ne nous épargnait rien alors que le cinéma devait tout nous épargner..."
Ah ah ah! Très drole.
Tu est vraiment trop fort. On s'y croirait et on a presque l'impression qu'un citique aurait pu dire ce genre de bétises ... pas mal.

De : Leo

Ca me parait pas aussi bête que ça en a l'air à première vue.
L'un des principal intérêt du cinéma c'est le pouvoir de suggestion. C'est même a mon avis sa principale force. Si on se place de ce point de vue, Mac Queen n'a, au pire, rien compris à la force du cinéma ou au mieux ne lui a pas fait confiance.
Alors le film est fort oui, impressionnant sans doute mais quand même aussi un poil dégueulasse.


De : Fabio Capelovici

"L'un des principal intérêt"... ouille aïe aïe :-(

De : Leo

Hi hi ! Quelle horreur ! :o)
j'avais d'abord mis "le principal intérêt"
A quand un mode edit sur les commentaires ?! que fait le webmaster ?! :o)


De : alexis

Je n'ai pas vu Hunger et je n'irais probablement pas le voir. Mais j'avoue que pour moi savoir s'il faut montrer ou suggérer au cinéma est un peu un débat d'arrière garde.
Que ce film en fasse trop, notamment par rapport à son sujet est une chose, de là à en faire des grandes phrases sur le cinéma en général, c'est autre chose et c'est, pour moi bien sur, un peu inutile.

De : Presse-créments (pas fier, là)

Perso j'irai probablement voir ce film. Que ce soit en littérature, en musique ou en cinéma je pense que l'accumulation de "réels", de "trivial" aussi sales soient-ils, peut rejoindre la poésie.

De : Infernalia

Je crois personnellement que ce sont deux formes de cinéma radicalement différentes et qu'elles ont le droit d'exister toutes les deux. Sinon, exit une bonne partie de Cronenberg par exemple. Ce qui me paraît plus étrange dans le Mc Queen c'est un peu le mélange des deux. Je trouve que sa décision de faire parfois du beau avec le laid est un peu bancale. Du beau cadrage scope sur de la pisse ou de la neige qui tombe sur des mains de bourreau, mouais, ça ne me convaint pas. Par contre, la deuxième partie sur le corps qui se désagrège, je la trouve vraiment forte.

De : benoit dans un vermot

est-ce qu'on peut dire que steve mcqueen réalisateur, ça rend qu'dall ? que son film, c'est du bull(sh)itt ?
et bobby sands, pourquoi il tente pas la grande évasion, d'abord ?

De : Lu

Enfin vu Hunger. Entendu au moment du générique de fin dans la salle : "un film gai et convivial" ...
Un autre spectateur est sorti pdt le film, durant la première partie. McQueen qui infligerait à ses spectateurs la punition des prisonniers du film, la sale impression d'être coincés, obligés de regarder ce qu'on montre trop frontalement : des faits d'horreur avec une esthétique sublime et poétique (en cela, le film me rappelle "L'assassinat de Jessie James", une esthétique de la sensation alors qu'il s'agit de meurtriers dt on ns parle -- attention, je ne juge pas de leur culpabilité ni ne dis que les belles images ne doivent servir qu'aux bons sentiments, toutefois comme Infernalia, je m'interroge à ce sujet). Pour la merde, le sang, le sperme (et l'enfermement) de la première partie j'ai pensé à "Salo", avec ces trois mêmes cycles. Là encore, je ne dirais pas que McQueen a le talent de Pasolini.

De : noodles

l'un est un poète... l'autre un poseur

ps : j'espère que l'averto au dessus des commentaires est une blague ... qqun a écrit bullshit un peu plus haut !!!!!

De : the dark knight

poésie, poseur. Certes, mais il ya plus que ça, il y a des sentiments, des émotions. Et quelqu'un a dit que "l'un des principaux intérêts du cinéma c'est ...". Les impacts du cinéma sont personnels, et son pouvoir, c'est que justement personne ne ressent les mêmes choses en sortant.



De : Dafné

Pour ma part, je dirais tout simplement que le cinéma, tout autant que le cinéaste, est libre de nous montrer et de créer ce qu'il veut, et les critères que vous lui imposez dans vos commentaires n'ont pas vraiment de sens! Le réalisateur présente son film, il est alors apprécié, détesté, choquant, ou autres selon l'avis de chacun des spectateurs, mais il n'a pas de principal intêret..En fait, je suis allée voir le film, et je serai incapable de dire quel était le but exact du réalisateur..je peux seulement décrire ce que j'ai resenti à la sortie: le vide, le vide total dans ma tête. Steve Mc Queen réussit à nous faire éprouver des sentiments tellement intenses durant le film qu'on ne sait plus ce qu'on éprouve exactement. on reste bouche bée, on subit. D'après moi, un seul adjectif pourrait justement qualifier ce film, celui de sublime. Mais pas sublime tel dans de sens de beau. Certes il l'est aussi, mais j'entends par là que le mélange de tous ces sentiments entremêlés forme un ressenti indéfinissable, plus proche du terme "sublime" que de celui de beau..

Alors, déjà, avant de critiquer le film, pour ceux qui ne l'ont pas vu, allez le voir! Je sais qu'on est tenté de le critiquer quand on voit juste la bande annonce, mais il faut parfois ouvrir un peu l'esprit pour redécouvrir le cinéma, et peut être se redécouvrir différement..

Bon je pourrais continuer mais ça va faire un peu long et personne ne va lire...alors voilà, j'éspère que vous m'avez bien compris, je veux dire dans le bon sens, quoi..!

De : noodles

dafné, ne le prends pas mal, mais il est important que l'on puisse dire du mal des films avant de les avoir vus, surtout un film comme hunger, dont l'effet est de te vider la tête (c'est toi qui le dis!)....

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