Ce documentaire au titre limpide met en avant la « période américaine » de Lennon afin de montrer son influence sur le gouvernement Nixon.
La maison de production impliquée dans ce projet est celle qui réalisa « Grizzly Man » de Herzog, un documentaire naturaliste tout à fait passionnant. Une bonne marque de fabrique, qui pêche cependant sur un point fondamental : sa présentation des intervenants.
Que ce soit dans « Grizzly Man » ou « Lennon contre les U.S.A. », ils sont encastrés dans des décors d’une absurdité kitch (ici un fond bleu sur lequel défile un Lennon super héros), d’un classicisme américain digne d’un « Hollywood story » le plus médiocre.
Passée cette aversion pour la forme, le fond apporte quelques éléments intéressants à sa biographie. Personnage singulier, sa vie fut un incroyable concours de circonstances, et il nous apparaît ici d’une force de caractère et d’un déterminisme que l’on ne soupçonnait pas.
Les réalisateurs ont réussi à impliquer Yoko Ono dans ce projet, ramenant ainsi, outre un témoignage de premier plan, quelques images et bandes son inédites, permettant de retracer certains épisodes archi connus de l’époque sous un angle nouveau, nous montrons également un aspect très féminin et familiale.
Cette participation n’est malheureusement pas neutre et le film est très clairement instrumentalisé en direction d’un discours subjectif qui montre John et Yoko comme deux symboles de la lutte contre le Vietnam et la société américaine conservatrice de l’époque. La Yoko si controversée apparaît ici comme une épouse fidèle, voir soumise (elle ne s’exprime quasiment jamais devant les caméras en présence de son mari).
En même temps, elle montre la place inédite qu’ont tenu dans cette période très spéciale les artistes et intellectuels. Comment un simple chanteur a t-il pu déstabiliser le président des Etats-Unis ? Grâce à des millions de gens buvant ses paroles, grâce à un nouvel électorat de 18 à 20 ans, cœur de cible des Beatles et menace directe pour la réélection de Nixon en 1972.
Ce qui est surtout intéressant ici c’est de voir la manipulation des foules et le pouvoir des médias qui explosa à cette époque.
Quand les Beatles déclarèrent qu’ils étaient « aussi connus que Jésus », ils s’attirèrent les foudres de bon nombre d’américains, dont le Ku Klux Klan. Puis John émigra aux Etats-Unis et développa une véritable politique de communication d’une modernité incroyable : cet homme avait compris avant les autres où se trouvait le vrai pouvoir.
Il développa les concepts de « communication totale », des manifestations « bead-nicks » pour la paix, un nouveau symbole d’appartenance « Nutopia », et envahit la planète du slogan « WAR IS OVER, if you want it ».
Et pourtant cette proclamation est bien perçue comme une déclaration de guerre par le gouvernement qui lance alors le FBI dans une véritable chasse à l’homme.
Nous découvrons ses rapports étroits avec Abbi Hoffman et Rubin (activistes anti vietnam) et avec Bobby Seale, porte parole des Black Panthers. Son instrumentalisation par les discours politiques et sa volonté féroce de réclamer ses droits quatre ans durant, pendant lesquels il est menacé d’expulsion par le gouvernement.
Beaucoup de choses sont relatées, souvent de manière maladroite, avec une fin pas vraiment nécessaire, mais il n’en reste pas moins que le sujet est intéressant et finalement bien mené, avec une utilisation efficace des musiques de John et la découverte de quelques unes inédites qui devraient forcément séduire les fans.
Sortie nationale le 09 avril 2008
