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Jaume Balagueró, Paco Plaza - "[REC]"
Sorties salles
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[REC], c'est l'histoire des deux journalistes de "Pendant que vous dormez", qui, partis pour relater toute une nuit chez les pompiers, vont être les témoins privilégiés et impuissants d'une horrible contamination à la rage. [REC], c'est aussi le nouveau Balagueró, et c'est pas rien, car c'est un cinéaste qui se satisfait des archétypes narratifs et thématiques pour concentrer son attention dans l'actualisation de leur représentation (cf. article sur Fragile). ![]() non, ce n'est pas le caméraman qui éternue [REC], très proche par bien des aspects de l'excellent Cloverfield, marque avec ce dernier la convergence des intérêts du cinéma pour la vidéo "amateur", pour un cadre qui n'est plus extérieur, mais participe de la fiction et y investit le spectateur. Ca fait déjà longtemps que le Blair Witch Project a proposé un tel dispositif, mais son isolement dans le paysage cinématographique et social ne pouvait en faire le symptôme d'une évolution des modalités filmiques. Aujourd'hui, avec la technologie de masse, tout le monde produit de l'image, tout le monde en consomme, partout, tout le temps - du film de famille aux films de vacances, des films de performances aux films de catastrophes. L'image est le vecteur de communication le plus puissant actuellement, et cette nouvelle donne s'en ressent nécessairement sur le cinéma, qui doit penser ce nouveau rapport à l'individu. Les vidéos tournées le 11 septembre et diffusées à grande échelle à travers le monde, sont peut-être le point d'ancrage de cette nouvelle dynamique cinématographique, qui peinait à poindre jusqu'à ces jours-ci avec Redacted (en partie), Cloverfield, [REC] et bientôt Diary of the Dead, véritable explosion des images protagonistes. Malgré ces indéniables réussites récentes, il reste à s'interroger sur l'avenir d'un tel langage cinématographique intégralement lié à son contexte socio-historique, placé sous le signe de la saturation de l'image et de ses multiplications, entre téléréalité et youtube. Ne risque-t-il pas d'épuiser rapidement son discours, sa contemporanéité et sa forme, et de métamorphoser son apparente modernité en un phénomène de mode rapidement lassant ? Il paraît d'ailleurs a priori presque absurde de traduire le fantastique comme une nouvelle expression du réel, tant la texture de l'imaginaire appartiendrait au non palpable. Mais il faut bien dire que dans l'ensemble [REC] parvient avec succès à jouer sur les deux tableaux. Si le cinéaste reste bien évidemment présent et conscient des enjeux du cadre, celui-ci n'est plus déterminé par des normes esthétiques, le choix narratif ou énonciatif du réalisateur, mais soumis à un univers qu'il ne peut appréhender que depuis un unique point de vue. Ce nouveau cadre porte en lui l'oppression d'un hors-champ auquel il ne peut par nature pas avoir accès. Pour le coup, Cloverfield et [REC] sont tout à fait semblables dans leur façon d'éprouver le spectateur par ce sentiment d'enfermement, et donc d'impuissance, et donc de terreur. ![]() -Miguel, j'ai fini de découper le poulet. -Attention ! Derrière toi ! Dans les deux, une nouvelle peur sociale est au coeur du film, la destruction d'une ville pour Cloverfield, la menace bactériologique (ou virale) pour [REC]. Pour global qu'est le danger, il peut être étonnant de choisir de laisser la caméra à un unique individu, mais cela permet au contraire d'en faire jaillir tout le potentiel phobique, et d'interroger le rôle de l'état quant à sa faculté à répondre aux catastrophes et à la population qu'elles impliquent. C'est là que le Blair Witch Project était un film juste plutôt fun, et qu'on a aujourd'hui des films qui aboutissent leur dispositif, tant sur le plan cinématographique que sur le plan socioculturel. Comme Cloverfield, [REC] tient parfaitement bien le défi de son dispositif, pour livrer un film cohérent et d'une terreur excellement construite. Les choix scénaristiques ne sont pas hasardeux non plus, car ils sont à la confluence du déroulement de la fiction, et de l'implication d'un contexte réel. En effet, la question du statut de l'image est abordée par le biais de la télé-réalité (Balagueró et Plaza avaient réalisé ensemble un documentaire sur la star'ac espagnole) avec ces journalistes qui vont suivre une équipe de pompiers. Au coeur des objectifs de la présentatrice, c'est l'image érigée au statut de spectacle, de sensation [et elle va être servie :)], jusqu'à l'immoral souhait d'assister à des scènes choc, et peut-être voir des cadavres. L'image dicte sa loi, elle soumet ceux qui la produisent, elle soumet ceux qui la regardent. Enfin se dit-elle, la sirène retentit dans la caserne, ils vont arriver dans un immeuble avec les pompiers, qui doivent intervenir auprès d'une vieille dame, démente. Mais elle s'attaque à l'un des policiers sur place, lui dévore la moitié du cou - ce qui est une aubaine pour la journaliste... un peu moins pour les locataires, parce que cette rage se transmet et crée bien vite un climat oppressant d'être cerné par des zombies véloces et voraces. Ce qui est intéressant pour l'image, et évite la simple satire, c'est l'ambivalence des rapports de l'image aux individus. Cette recherche de l'image-spectacle s'additionne de la nécessité de l'image-témoignage quand l'armée verrouille l'immeuble et tous les locataires pour des causes non communiquées (le slogan de l'émission "ce qu'il se passe pendant que vous dormez", pointe d'ailleurs ce mutisme, cette opacité). Il faut rendre compte de ce qu'il se passe, pour faire le procès de cette situation. L'image articule un souci et un besoin d'exprimer l'expérience personnelle face à un système impersonnel qui ne fait pas dans le détail. Ces deux principaux rapports à l'image s'articulent tout au long du film pour créer une sorte de surenchère permanente, entre l'envie et la nécessité de tout filmer, le désir et la terreur de devoir y aller pour filmer. Une sorte de défi entre l'image et la vie. Le film avance comme ça, et au rythme des contaminations de chacun et du rétrécissement des zones sécurisables de l'immeuble, pour atteindre dans une scène finale peut-être un poil trop explicative mais d'une terreur intacte, un paroxysme du pouvoir de l'image, qui se substitue alors à l'individu comme ses nouveaux yeux, comme sa nouvelle peau, sa nouvelle identité. L'image devenue l'unique support de témoignage, l'unique vecteur de communication. ![]() Mais au-delà de cette acuité que le film exerce à l'égard de cette nouvelle image, cette image moderne, l'oeuvre de Balagueró entretient, comme elle l'a toujours fait, une dichotomie entre un hommage à ses influences et leur réinvestissement dans un matériau neuf et qui lui est propre. L'oeuvre de Balagueró n'a jamais caché ses influences littéraires (Lovecraft et M.R.James pour Darkness, Henry James avec Fragile) et cinématographiques (The Haunting et The innocents pour ne citer qu'eux) en un cinéma qui fusionnait à la fois l'inspiration anglo-saxonne et les obsessions hispaniques. Avec [REC], Balagueró et Plaza changent juste de période, abandonnant l'élégance classique de la Ghost Story des années 60-70 pour un hommage à l'horreur plus brute, et plus des années 80. C'en est au point que [REC] possède finalement une dimension très rétro, presque passéiste avec ce souhait de raconter la même histoire qu'il y a 30 ans (des zombies, de la contamination, des survivants coincés) avec les moyens d'aujourd'hui. L'image caméra au poing (sic), au delà du traitement du réel, parvient à restituer ce sentiment de cinéma d'artisan, libéré, bidouillé entre amis, presque amateur d'un Evil Dead de Sam Raimi - qui s'inscrivait déjà dans un désir de plonger le spectateur au plus près d'une action hystérique - ou d'un Basket Case d'Henenlotter - qui s'attachait à cette intervention de l'épouvantable au sein du quotidien le plus cru - comme si la texture de l'image numérique devenait l'équivalent de la granulosité du 16mm d'antan. Au delà de cette obsession du réel, Balagueró et Plaza parviennent également à ne pas oublier une certaine beauté de l'imaginaire, la photo de [REC] offrant parfois de très belles trouées esthétiques dans la représentation des ténèbres, comme en témoigne par exemple l'apparition d'une terrifiante petite fille au fond d'un couloir. Avec de nouvelles expressions et de nouvelles sources d'inspiration, il s'agit de poursuivre les variations et de travailler toujours le même matériau : la peur. Plus d'infos sur ce film [REC], de Jaume Balagueró et Paco Plaza, avec Manuela Velasco, Ferran Terraza. Sortie le 23 avril. Distribution : Wild Side. Retrouvez d'autres articles sur Jaume Balaguero : Jaume Balagueró - "Fragile" Jaume Balagueró, Paco Plaza - "[REC²]" (avant-première)
Commentaires
De : noodles je suis fan de tous ses films : les bien, les bien bien, et les moins bien mais bien quand même ! jaume je t'aime ...prends moi dans ton équipe, j'apprendrai l'espagnol, j'apporterai les cafés, laisse moi devenir l'ombre de ton ombre (Darkness), ton aide soignant (Fragile), ton agent immobilier (a louer), ton gourou (secte sans nom), ton toutou (jacques brel).... je crée aujourd'hui (s'il n'existe pas déjà) le fan club jaume français : qui m'aime me suive ! De : Infernalia J'aime beaucoup Darkness et Fragile, en revanche, j'avais trouvé "La secte sans nom" limite insupportable dans son accumulation de tics visuels avec ces gros coups de flashs à renfort de choc sonore. En revanche "A louer", son épisode de la série "peliculas per no dormir" était génial. REC, sans être le "choc" annoncé est d'une superbe tenue ! De : NOODLES infernalia, tu me sembles mûr pour le fan club , l'inscription s'élève à 30 euros : ce qui te donne le droit de ... d'aller ...ouais bon ...30 euros c'est rien .. De : laurent SALUT Noodles j'espère que tu as reçu ma contribution, je suis si fier de faire partie du fan club de jaume, avec tous ces avantages et ces exclusivités de folie ...encore merci et longue vie au fan club ! De : Cyril C. bonjour, où dois-je envoyer mon chèque de 30 euros ? Les inscriptions sont-elles closes ? Les enfants peuvent-ils s'inscrire ? A quel âge ? ps : très bon site culturopoing ! longue vie ! De : manny Mad Movies come Gérardmer 2008 ont encensé ce film,j'ai donc deux raisons d'avoir très peur! Bon,plus sérieusement,je pense que Balaguero est un peu surestimé..."A louer" est assez prenant et "Fragile" est honnête mais fort classsique tout de même et je n'ai pas aimé du tout "la secte sans nom" et "darkness". Wait and see pour ce "Rec" donc.. De : Lionel G. ces dernières années, je n'avais plus suivi le cinéma et ne connais donc pas tous ces films dont vous parlez. Mais je dois dire que REC est terriblement efficace malgré quelques lourdeurs. Ceci dit, REC est un film beaucoup plus classique que ce que ses auteurs veulent le dire. De : gw Oui, quelques lourdeurs, dues peut-être (comme me le faisait remarquer Infernalia) à certains codes très classiques qui rompent quelque peu la fluidité et la tension du film, comme un bras qui dépasse invitant à se faire mordre, et autres facilités du style (des choses qui nous renvoient au genre plutôt qu'à une sensation). Pour ma part, la puissance de la réalisation était amoindrie par la vision récente de Cloverfield qui m'avait époustouflé - et que je te conseille réellement Lionel - car je savais du coup à quoi m'attendre d'une certaine façon. Mais bon bon film [REC], à n'en pas douter. De : noodles IL EST LA ! IL EST SORTI ! De : Bornuninho gaucho Cela faisait bien longtemps (pour ne pas dire que cela ne m'était jamais arrivé) que je ne m'étais retrouvé à sursauter autant et surtout à avoir autant de véritables et longs frissions à la vision de ce film d'autant plus que le tempo est magistralement maîtrisé. J'ai évidemment relevé quelques allusions à Evil Dead mais surtout à Blair Witch qui de mon point de vue est avec ce film définitivement démodé et caduque. La fin du film est un vrai climax d'autant plus fort qu'il est inattendu (dans son contenu, parce que le coup des combles pas habités depuis des années hein....), un film à voir absolument et de préférence en salle ! De : Presse sur les marches Personnellement, dans le genre caméra à l'épaule les Freres Dardenne me font beaucoup plus peur que tous les Tony Blairwitch-like du monde. De : mr_kenyatta Rhôôô, tu vas pas recommencer avec les Dardenne, hein ! C'est bien tous les Belges, ça ! Ils comptent parmi eux deux des meilleurs cinéastes du monde, mais ça chipote, ça mégote, ça ratiocine... Sous-Ch'ti, va ! ;-)) De : Presse kimégote C'est peut-être les meilleurs du monde, mais je n'aime ni les Dardenne, ni Jaco van Dormal d'ailleurs. Par contre, Jean-Jacques Rousseau... ;-) De : mr_kenyatta Pitié, pas d'amalgame entre les Dardenne et van Dormael !!! De : Presse outargé mais libéré Hého, c'est pas moi qui décerne les prix à Cannes, non plus. De : noodles le prochain qui se fout de la gueule des dardenne bros, jui pète la gueule ! le fils est le meilleur film européen des dix dernières années le premier qui me demande d'argumenter jui pète la gueule. sauf si c'est kenyatta ... lui ferai jamais de mal ... De : Shin Bonjour, J'ai pour ma part été un peu déçu par ce film. Il est assez efficace dans son genre, mais manque quelque peu d'ambition. Dommage... Mon avis est plus détaillé ici : http://shin.over-blog.org/article-19171425.html Amicalement, Shin. De : La peureuse Huis-clos qui joue efficacement avec nos nerfs, et dix dernières minutes très angoissantes, bien plus que dans Cloverfield qui ne cherche finalement pas à nous faire vraiment peur. Une fin inattendue (réussie) et une créature qui laisse une image très forte. Après le zombie, ce "corps" pourrait-il être un nveau monstre emblématique ? Il m'a en tous cas rappelé celui de "Creep", le film avec Franka Potente et la créature du métro. Insérer un commentaire : |
