
Parmi les sorties récentes, deux films m'ont particulièrement plu, et semblent présenter beaucoup de similitudes. D'un côté,
Les Larmes de madame Wang, un film chinois surprenant, réalisé par Liu Bingjian. Il avait déjà osé parler d'homosexualité dans son précédent long métrage, Le protégé de Mme Qing, et de ce fait subi la censure chinoise. Son dernier film brosse un étonnant portrait de femme chinoise, entre Pékin et sa province. Une femme qui, de par la dureté de son quotidien, s'est modelé un masque redoutable de femme forte et déterminée. Son dynamisme entraîne un rythme effréné du montage et de la mise en scène. Avec beaucoup de caméra-épaule, le film suit de très près ses mouvements et toute son agitation. Madame Wang est un personnage difficile à cerner, la force de son caractère peut d'un moment à l'autre tomber dans la plus grande fébrilité. Elle n'est pas particulièrement attachante, car le cinéaste n'a fait aucune concession dans sa manière de nous livrer son portrait. Madame Wang se montre parfois cruelle, sans scrupule, nous rappelant à quel point la vie peut être aussi féroce qu'une jungle où la nature ne laisse aucune place aux plus faibles. Elle se défend, même s'il faut pour cela utiliser un enfant pour vendre des dvd sous le manteau. Même s'il faut pour cela profiter de quelques décès pour vendre ses prétendus talents de pleureuse. Même si ce personnage n'est pas particulièrement attachant, il tourbillonne sans cesse, et nous bouleverse. De l'autre côté,
Les Toilettes du pape, un film uruguayen réalisé par
Enrique Fernandes et
César Charlone, tous deux Uruguayens. Ils se sont intéressé à un moment de l'histoire d'une petite ville frontalière avec le Brésil, Melo, où en 1988 devait venir le pape pour l'honorer de sa bénédiction. En suivant le quotidien de Beto, père d'une petite famille, c'est de la ville et ses habitants dont le film dresse le portrait. Un tendre portrait pourtant abimé par la froideur de la réalité. Car si tous ces habitants pensaient au bien économique que leur apporterait le passage du pape (et des pèlerins), s'ils se sont esquintés les yeux à travailler toutes les nuits précédent son arrivée, les mains à transporter au-delà de leur capacité physique, leurs jambes à vouloir courir plus vite en vélo, tout ça pour être prêts à recevoir les visiteurs et pouvoir leur vendre quelques spécialités et services, la déception sera énorme quand l'évènement se produira. Je ne peux oublier cette scène où le départ des pèlerins laisse place à un vide, appuyé par le vent qui fait tournoyer des déchets sur eux-même, qui fait secouer les nappes des stands qui sont encore plein de produits régionaux faits maison non vendus, où l'on voit les habitants de Melo dévastés par la fatigue, l'excitation qui retombe brutalement (tant de jours et de nuits de travail pour seulement quelques minutes de visite), et frappés par la déception, alors qu'un élargissement du cadre nous les montre sous une grande enseigne peinte pour l'évènement disant "Pape, le monde du travail te salue".

Dans ces deux films, une critique virulente, de la société chinoise d'un côté, et de la religion ainsi que de la situation économique de l'Uruguay de l'autre. Dans ces deux films, des personnages forts, qui ne tiennent pas en place, bouillonnants de détermination, qui vivotent de manière incontrôlable pour ne pas sombrer dans la misère. Et dans ces deux films, une retombée violente de cette énergie à cause d'une belle claque que donne aux personnages la cruauté de la réalité. Si ces deux cas sont bien éloignés culturellement et géographiquement, les fissures et la fébrilité humaines sont les mêmes.