En livrant ce premier film, Aditya Assarat ne va pas manquer d'être comparé au metteur en scène thaïlandais très hype du moment, Apichatpong Weerasethakul... Avec son sujet qui évoque directement le drame du Tsunami de Décembre 2004, et la reconstruction d'une petite ville de la côte, il s'offre en outre une perspective semi-documentaire qui ne sera pas sans évoquer le récent
Still Life de Jia Zhang-Ke. Des fantômes un peu trop important pour les épaules du cinéaste si on s'amuse en prime à comparer l'histoire d'amour décrite ici au cinéma de Tsai Min-Liang ou HHH: en gros
Wonderful Town pourrait vite s'imposer comme une caricature-catalogue de tout une cinématographie asiatique récente.
Parce qu'il a du mal à trouver des partis pris véritables de mise en scène, le film hélas n'évite pas complètement cet écueil, mais pour autant il parvient à ne pas se limiter à cela et à dégager une réelle sympathie. Sans doute est-ce par la simplicité d'approche de la forme qui évite toute prétention déplacée... Le premier plan très limpide sur des ressacs impose un rythme contemplatif qui ne sera pas trop factice, surtout pour ce qu'il s'agit de l'évocation très subtile de l'histoire d'amour qui s'installe tranquillement à l'écran. D'un côté un contremaître venant de la ville pour superviser un chantier, au passé de musicien assez flou... De l'autre l'employée du petit hôtel qui l'héberge. Assarat laisse se développer la relation à l'écran avec beaucoup de tact, évitant les effets facile de dramatisation et obtient une sorte de naturel assez rare dans ce domaine. On joue au début à savoir si le parti pris sera par exemple d'occulter toute sensualité directe, puis là encore le metteur en scène installe sereinement ses tenants et aboutissants. De fait il semble plus s'intéresser véritablement à ses personnages qu'à en faire des poupées démonstratives ce qui serait sommes toute le travers parfois des illustres cinéastes cités plus haut.
Ayant fait ses études de cinéma aux Etats-Unis, le metteur en scène a choisis de revenir dans son pays tenter de faire des films plutôt que de choisir une carrière technique plus confortable. On sent qu'il se cherche, mais que le thème du visiteur étranger pourrait être amené à se développer tant il prend ici une épaisseur non négligeable. Assarat paye en vérité surtout le côté tâtonnant de son film dans la seconde partie montrant le jeune couple au prise à un entourage social et familial hostile. A ce moment le film devient peut-être plus appuyé et maladroit comme dans cette séquence de harcèlement routier un peu éculée. Mais il y a un mérite: sortir le spectateur du confort ouaté où il s'était installé en replongeant soudainement ce dernier dans un environnement sensiblement heurté par le destin et une opposition entre urbain et ruraux qui reste on ne peut plus viscéral sur bien des points. Le final très abrupt renvoie en même temps à des considérations bouddhistes qui évoqueront directement le cinéma d' « Apicha ». Là encore ça ne marche pas vraiment mais c'est intéressant, offrant de la mort et de la renaissance un regard qui de toute manière tranche on ne peut plus avec les considérations occidentales.
Il n'est même pas certain qu'Assarat continuera dans cette voie là pour l'avenir ni dans ce format de tournage (comédiens non professionnels mais pourtant très convaincants)...
Wonderful Town, qui sort en France avant d'être faiblement distribué en Thaïlande mérite toutefois une séance même au delà de ses imperfections. Dans les sorties assez décevante de ce milieu d'année 2008, ce premier film reste dans le haut du panier et vieillit plutôt bien.