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Songyos Sugmakanan - "Le pensionnat"

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Posté par Olivier Rossignot le 2008-06-04



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Passé quasiment inaperçu lors de sa sortie en salles, Le pensionnat mérite largement une seconde chance.
Lorsque le jeune Ton est envoyé en pension, peu de temps après avoir surpris son père en charmante compagnie, il identifie plus la décision de ce dernier au désir de l’éloigner qu’à celui de le voir réussir dans ses études. C’est un jeune garçon triste et offensé qui pénètre dans les locaux de cet étrange pensionnat, essuyant les moqueries et les humiliations de ses camarades avant qu’une étrange rencontre vienne lui ouvrir de nouveaux horizons.




Ce deuxième long métrage du cinéaste thaïlandais Songyos Sugmakanan appartient de prime abord à un sous genre du cinéma fantastique qui de La résidence à L’échine du diable, en passant par Saint Ange ou le très récent Orphelinat fait des longs couloirs des internats avec leurs drames secrets, leur lourd passé et leurs dortoirs sombres un personnage à part entière. En Asie cependant et plus particulièrement en Corée, avec un Memento Mori ou un Whispering Corridors cette vogue prétexte le genre pour s’attaquer au poids des institutions, à un système éducatif dont la rigidité quasi-militaire génère suicides et autres tragédies adolescentes. Si Le pensionnat affleure lui aussi cette dimension critique et cette importance de la pression collective il s’apparente plus encore à ces beaux films mélancoliques sur l’enfance dans lesquels le surnaturel révèle et réveille les douleurs de ces âges difficiles.
Songyos Sugmakanan opère une approche d’un imaginaire nourri par les fantasmes enfantins, les histoires qu’on se raconte pour s’épouvanter, se lancer des défis, tester son courage et son propre rapport à la peur. C’est ici que se définit également le rapport à l’autre, entre la candeur juvénile et la cruauté de la loi du plus fort. Le pensionnat joue donc bien moins sur la peur, telle qu’elle ne cesse d’apparaître dans la vague des fantômes asiatiques depuis Ring, que sur une angoisse diffuse atmosphérique et psychologique qui fait écho aux figures de l’ennui, de la solitude et de l’identité.

Ton apprend son altérité et son individualité face au groupe en ne parvenant pas à s’y intégrer. Il est rejeté ou ignoré et trouve en la personne de Vichien une forme de double dans l’au-delà. L’ami invisible fait le pont entre les vivants et les morts ; cette manifestation du surnaturel vient représenter tous ceux qui ne sont pas visibles aux yeux des autres, qui ne parviennent pas à s’intégrer : différents, ignorés, méprisés, effacés ou fantômes.
Certes Sugmakanan n’échappe pas à la maladresse lorsqu’il cède aux facilités du sentimentalisme et à certains archétypes du cinéma nostalgique. Le cinéaste cloisonne un peu trop son intrigue et, désireux de combler toutes les zones d’ombre, de résoudre tous les conflits entre les personnages, finit par troquer la poésie du mystère contre un déroulement plus conventionnel, dévoilant comme une révélation ce que le spectateur avait déjà deviné. Mais ces quelques redondances n’effacent nullement la singularité de cette œuvre filmée à hauteur d’enfant, qui épouse la perception du jeune héros et dans lequel le surnaturel vient s’intégrer à la vie, comme un élément d’apprentissage.



Comme dans ces beaux films de frontières qu’étaient L’esprit de la ruche et L’été où j’ai grandi, la création fantasmatique permet l’évasion de la dureté du réel avec en filigrane un éveil à la désillusion face au monde adulte qui anticipe par cette rupture la prise de conscience d’une responsabilité proportionnelle à la déception qui la fait naître, et donc in fine l’obligation de grandir. La réalité n’y est vue qu’à travers le regard candide, avec tout ce que cela comprend de fantasmes, d’erreurs de perception, de terreurs nocturnes, entre jeu « à se faire peur » et terreur réelle. Lorsque les garçons se racontent des histoires de fantômes sitôt la nuit tombée les apparitions évoquées se matérialisent comme autant d’images mentales et de vagabondages intérieurs.
La photo de Niramon Ross, également chef operateur du terrifiant Shutter, immerge Le pensionnat dans un climat flottant et onirique naviguant entre le gris et le bleu.
Dans Le pensionnat, le fantôme fait partie intégrante du réel : d’abord identifié au monde du vivant, lorsqu’il révèle finalement son vrai visage il ne suscite nullement la frayeur mais la beauté de sa permanence.




La qualité de l’image du DVD Wild Side restitue fidèlement l’atmosphère liquide et flottante de la subtile photo de Niramon Ross. En guise de bonus, un making of assez quelconque, de petites scènes coupées qui dans l’ensemble correspondent à des versions rallongées d’autres scènes (dont certaines rajoutent une certaine violence à un film pourtant très doux) , une galerie photo et la filmographie du cinéaste. En bonus kitsch on pourra apprécier le clip de la chanson du film qu’on croirait tout droit sorti des années 80.

Le Pensionnat, (Thaïlande, 2006) De Songyos Sugmakanan avec Charlie Trairat, Chintara Sukapatana, Sirachuch Chienthaworn, Jintara Sukaphatana.
Edité Wild Side.




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