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Entretien avec In The Nursery
Entretiens
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![]() In The Nursery Depuis plus de 25 ans les frères Humberstone sont actifs musicalement et ont développé il y a une dizaine d’années un projet sous le nom « d’Optical Music Series » consistant à composer et enregistrer de nouvelles musiques pour des films muets, dont certains sont considérés comme des classiques comme « Le cabinet du Docteur Caligari». A l’occasion de la parution imminente de leur dernier CD consacré au film de Carl Theodor Dreyer, « The Passion of Joan of Arc », nous avons interrogé Klive et Nigel sur leur intérêt pour le cinéma et les musiques de films. Quelles furent vos premières expériences cinématographiques ? Et vos meilleures ? Est-ce qu’un film récent vous a particulièrement impressionné ? Klive Humberstone : Mes premiers souvenirs d’une expérience cinématographique viennent de notre père. Il s’occupait d’animation, mais sa vraie passion était le cinéma. Lorsqu’il était jeune, il a créé son propre club de cinéphiles avec des amis et avec une simple camera de 9.5 mm il a tourné toute une série de courts métrages. Un en particulier était influencé par une nouveauté de l’époque, Robin des Bois, dans lequel figurait Douglas Fairbanks. Il avait également l’intention de filmer une nouvelle version de Metropolis avec des bouts de ficelle. Il nous a filmé lors de notre enfance en utilisant un film couleur de 16 mm et projetait les films sur un écran installé dans la salle à manger accompagnés de la musique de Bert Kaempfer. Ce sont des souvenirs comme cela, des jours heureux, qui continuent à vous marquer plus de 35 ans après. Plus j’y pense, et plus je réalise d’où vient notre intérêt pour le cinéma (et la musique) et à quel source il s’est abreuvé. Je dois avouer que l’expérience la plus forte que j’ai ressentie récemment est notre première interprétation en concert de la « Passion of Joan of Arc » dans la cathédrale de Sheffield en avril dernier. La combinaison des images projetées, du cadre merveilleux et de notre musique a ému le public aux larmes. Nous avons rarement atteint ce genre d’intensité. Est-ce que vous aviez au début du groupe le même intérêt que maintenant pour le cinéma ? KH : Je pense que l’intérêt était le même au début. Bien que les visions du passé reviennent souvent comme des flash-backs. Je peux sûrement plus apprécier le cinéma désormais mais je reste persuadé que la force et la puissance du cinéma restent authentique malgré le temps qui passe. Par exemple, la découverte des archives de Mitchell & Kenyon il y a moins de 10 ans est une découverte remarquable et nous donne un vrai aperçu du temps qui passe et de lieux oubliés, disparus à jamais. Avez-vous déjà eu l’idée de réaliser vos propres films ou courts-métrages ? KH : Lorsque j’étais à l’Ecole des Beaux-Arts à Sheffield j’ai réalisé en amateur des films et des vidéos, expérimenté avec des caméras 8 mm et des vieilles bobines en noir et blanc. Pas mal de ces résultats furent utilisés pour réaliser la vidéo qui accompagna notre premier mini-lp « When cherised dreams come true ». Je l’ai édité moi-même à l’Ecole et copié sur VHS, le distribuant à quiconque semblait intéressé (en réalisant même des copies à des personnes m’envoyant en échange juste une VHS vierge et une enveloppe affranchie) – mon idée à l’époque était de distribuer le maximum d’exemplaire par n’importe quel moyen. Faire en sorte qu’autant de personnes possible puissent voire notre travail – bien avant l’avènement d’internet. Avez-vous déjà essayé d’écrire un scénario pour la musique de Stormhorse ou est-ce qu’elle restera définitivement une bande originale imaginaire ? KH : Pour nous, ce disque restera toujours une musique de films pour chaque personne l’écoutant, et pour leur imagination. Je suis très content que chacun puisse interpréter comme il lui semble la musique et puisse imaginer son propre film. Mais pour nous, l’essence même et l’inspiration qui nous a fait composer « Stormhorse » est présente dans la musique enregistrée et le design de la pochette, d’une manière indivisible. Dans un ancien morceau, « Elegy », on peut entendre un sample du film italien La Bataille d’Alger de Gillo Pontecorvo : avez-vous une attirance particulière pour ce film ou avez-vous utilisé ce sample car il sonnait bien ? Nigel Humberstone : En effet, le film « La Bataille d’Alger » fut pour nous une grande source d’inspiration au cours de la période qui a précédé l’enregistrement de « Elegy ». Il nous a influencé autant pour son côté visuel car c’est un film stupéfiant, que musicalement grâce à la musique de Ennio Morricone. Je me rappelle que durant les répétitions du groupe nous jouions avec les thèmes et les mélodies de la musique du film, ce qui est inévitablement ressorti lorsque nous avons composé la version définitive de « Elegy ». Nous avons aussi pris des images du film et les avons diffusés lors de nos concerts – et l’image des yeux de Ali la Pointe (célèbre militant du FLN dont il est question dans le film, ndt) fut pendant des années projetée sur la grosse caisse de nos percussions. Qui a dirigé les films qui accompagnaient la musique du premier mini-album ? Pourquoi avoir arrêté les clips vidéos pour vos disques ? KH : Whoops ! Je pense que j’ai déjà répondu à cette question… Aimez-vous les films de la Hammer et pensez-vous qu’ils fassent partie du patrimoine culturel anglais ? Est-ce que vous aimez d’une manière plus générale les films d’horreur (anciens ou récents) ? KH : Nous avons une vraie affinité avec les vieux films d’horreur de la Hammer. Et ceci du fait que nous avons grandi pas si loin que ça des Bray Studios sur la Tamise où les films de la Hammer étaient tournés. Je ne suis pas, par contre, un grand amateur de la récente vague des films d’horreur ou des slasher. Pour moi, l’époque des films gothiques produits par la Hammer et James Carreras et tournés dans de pittoresques Manoirs dans le Berkshire restent encore des références en terme de qualité. Que pensez-vous du cinéma actuel ? D’Europe, des USA ou d’Asie ? Est-ce que certaines périodes vous intéressent particulièrement, ou certains styles ? NH : Je me rappelle avoir établi une liste de tous les films que j’ai pu apprécier lorsque j’étais étudiant à Sheffield au cours du début des années 80. Autant que je me rappelle, c’était pratiquement tous des films en noir et blanc, des films noirs (Double indemnity de Billy Wilder), des thrillers britanniques (Seance on a wet afternoon de Brian Forbes), du réalisme social des années 60 (This sporting life de Lindsay Anderson), Saturday night and Sunday morning de Karel Reisz, A taste of honey de Tony Richardson, des comédies des studios Ealing (Kind hearts & coronets de Robert Hamer, Whisky galore ! de Alexander Mackendrick) et bien sûr des films muets. Est-ce que vous avez des réalisateurs ou des films préférés ? Dans quelles mesures ont-ils pu vous influencer, dans votre vie privée et dans votre activité créatrice ? KH : A un moment, autour de mes vingt ans, lorsque j’avais tout le temps devant moi, j’avais pris l’habitude de feuilleter un vieil exemplaire du Guide cinématographique de Leslie Halliwell et de méticuleusement indiquer quels films j’avais vus (que ce soit à la télévision, en vidéo ou au cinéma). Mon but était de voir tout ce qui était recensé dans ce livre, un vrai challenge pour les fous de cinéma! J’ai surtout beaucoup apprécié les comédies britanniques des studios Ealing et aussi le travail cinématographique de Jean Cocteau. ![]() Optical music series live Et concernant les compositeurs de musiques de films ? Vous sentez-vous proches de certains ? NH : Je ne l’ai jamais rencontré, et j’aimerais vraiment un jour, mais Ennio Morricone m’enthousiasme vraiment à cause de son talent prolifique et je ressens profondément sa musique. Mes préférées sont Sacco & Vanzetti et The Mission. Que pensez-vous du téléchargement et du partage de films sur internet ? Surtout eu égards à ce qu’il s’est passé pour l’industrie de la musique ? NH : Les internautes ne doivent pas s’attendre à obtenir quelque chose pour rien, et s’ils le font, alors ils devraient s’arrêter un moment et penser aux conséquences de leurs actes. Etes-vous des collectionneurs de films ? Avez-vous des tonnes de VHS et de DVD dans vos caves ou préférez-vous regarder des films dans une salle de cinéma ? KH : Je pense que nous sommes de vrais collectionneurs. Nous avons encore tous les films de notre père en 9.5 mm , 16 mm et Super 8. Aussi des piles de VHS, U-matic, de bobines de films. Je suis plutôt du genre à ne rien jeter concernant les travaux passés. Le projet sur lequel nous travaillons depuis longtemps est de transférer le tout en format digital et de produire un DVD d’In The Nursery. NH : Au fil des années, nous avons acquis une honnête collection de films muets sur support DVD. Si vous aimez acheter des DVD, pouvez-vous nous dire quelles sont vos dernières acquisitions ? KH : J’ai un lecteur Blu-ray désormais (inclus dans ma Sony PS3) et j’ai été curieux de voir s’il y avait une réelle différence en terme de qualité avec des DVD classiques. Ainsi, ma plus récente acquisition a été « Batman begins » - qui d’ailleurs est un film très impressionnant. Je suis maintenant très tenté d’acheter une version Blu-ray du « Narcisse noir » de Powell et Pressburger. J’ai toujours pensé que ma version vidéo rendait justice à la qualité du film. Mais maintenant je veux vraiment voir jusqu’à quel point la beauté du film peut aller, et découvrir les raisons pour lesquelles le film gagna des oscars pour la photographie et la direction artistique. Comment choisissez-vous les films pour lesquels vous allez composer une Optical Music Series ? Pourriez-vous en composer une pour un film que vous n’aimez pas ? KH : Nous sommes dans une situation particulièrement enviable car nous avons la liberté totale de choisir les films que nous aimons, admirons et qui pourront nous inspirer pour créer la musique qui ira parfaitement avec. NH : Pour répondre à la seconde partie de la question, non nous ne pourrions envisager de composer pour un film qui ne nous inspire pas créativement et émotionnellement. Pourquoi toutes vos OMS ne sont pas disponibles en DVD ? Avez-vous déjà pensé à diffuser vos propres éditions ? Est-ce que des sorties sont prévues incluant vos musiques ? NH : Toutes nos musiques de films n’ont pas encore été édités sur DVD pour accompagner les films – il y a souvent de nombreux problèmes de copyrights et de logistiques à surmonter. Mais certains sont disponibles comme Man with a movie camera, Hindle wakes et Electric Edwardians et nous espérons que A Page of madness et The passion of Joan of Arc seront bientôt disponibles. Qui a eu le premier l’idée de faire le DVD de Electric Edwardians ? Vous ou l’Institut du Film Britannique ? NH : Le BFI possédait la collection des films de Mitchell & Kenyon et nous ont approchés pour composer la musique originale du DVD. Pourquoi n’avoir composé qu’une seule musique pour un film contemporain ? Souhaiteriez-vous en faire plus dans le futur ? NH : La réponse est simple, nous en ferions plus si de bons projets étaient mis en route et que l’on nous offrirait l’opportunité de les réaliser. Quoi qu’il en soit, nous sommes très contents des différents projets dans lesquels nous avons été impliqués jusqu’à maintenant. ![]() The Passion of Joan of Arc live Pourquoi avoir choisir The passion of Joan of Arc pour le prochain OMS et qu’aimez-vous dans le travail de C.T. Dreyer ? NH : Regarder « The passion of Joan of Arc » est une expérience troublante mais aussi merveilleuse. La manière dont les plans sont filmés, édités, ainsi que les zooms, entraînent une véritable empathie et compassion pour celui qui regarde. Le jeu de Renee Marie Falconnetti en tant que Jeanne d’Arc est considéré par certains comme « la plus grande interprétation jamais filmée ». Il est très difficile de rester insensible lorsque l’on regarde. Nous avons voulu composer une musique qui rende hommage à l’esthétique du film. Savez-vous comment les OMS sont perçus par vos fans et par les cinéphiles ? Quand vous les interpréter en concert, pensez-vous que les gens viennent parce que c’est In the Nursery qui joue ou parce qu’ils aiment le film ? NH : Nous avons joué nos OMS pratiquement une centaine de fois partout dans le monde. La réaction du public est toujours très bonne mais parfois certains puristes du cinéma assez conservateurs soulignent le fait que nous présentons une interprétation moderne de ces classiques et non la musique originale. Nous avons aussi un public assez varié, des cinéphiles, des fans de ITN et aussi juste des curieux ! Avec la dernière partition, on peut sentir quand le public est totalement pris par le film et ses personnages : il y a un silence total et une atmosphère hypnotique lorsque nous jouons. Enfin, aurons-nous en France la chance de nous voir jouer un de vos OMS dans les années qui viennent ? Avez-vous déjà eu des contacts avec la Cinémathèque française ou des festivals pour présenter votre travail ? NH : Nous aimerions vraiment pouvoir interpréter une de nos compositions en France (et particulièrement The Passion of Joan of Arc) et avons approché différents organismes, festivals et salles de concerts , mais pour l’instant nous n’avons rien pu programmer. Mais je suis certain que cela arrivera bientôt. Merci à Nigel et Klive Humberstone pour avoir répondu à nos questions. Leur nouvel « Optical music series » consacré au film de Carl Theodor Dreyer « The passion of Joan of Arc » sort le 26 septembre 2008 sur leur label INT Corp. www.inthenursery.com ![]() The Passion of Joan of Arc
Commentaires
De : Die Niebornulungen Vraiment l'un des aspects les plus intéressants de la musique électronique d'aujourd'hui que ces musiques orginales sur de vieux films, il avait déjà été question sur culturopoing de celle de Chateau FLight relative aux "Vampires" de Louis Feuillade, très chouette elle aussi. Insérer un commentaire : |
