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Un entretien avec Cascadeur

Entretiens
Posté par Sabine le 2008-04-02



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Nous avons déjà eu l'occasion ici-même de dire tout le bien que l'on pense du sieur Cascadeur, dernier lauréat du concours cqfd. Histoire d'en savoir un peu plus, l'homme au casque blanc a eu la gentillesse de répondre à quelques questions, l'occasion de vérifier que nous sommes bien là face à un artiste "consistant", à l'univers sensible et dense.

QUI EST CASCADEUR ?

Pourquoi Cascadeur ? Et pourquoi un casque à étoile rouge ? Est-ce pour esquiver les coups ou plutôt une question de distanciation ou de pudeur (ou autre) ?
On peut trouver différentes sources d'explication au nom Cascadeur. En écoutant les premiers enregistrements, des amis m'ont parlé des risques encourus (la hauteur de la voix, la complexité de certaines parties de piano) et à partir de ces remarques j'ai réfléchi à des thèmes génériques pouvant illustrer, ou évoquer ces données. Me sont venus à l'esprit des termes "voltigeur" "équilibriste" mais très vite "Cascadeur" s'est imposé à moi. Pourquoi ? L'idée de doublure me semble très importante et essentiel dans mon parcours. J'ai toujours évolué dans des groupes musicaux, parfois au service de projets personnels. Au-delà de ces expériences enrichissantes et formatrices, le besoin de faire exister sur scène un projet porté depuis l'enfance m'est apparu. Aussi, Cascadeur renvoie à cette notion d'enfance revisitée puisqu'il m'a été donné de jouer avec un jeu baptisé Cascadeur (il s'agissait d'un motard vêtu de blanc. Il suffisait de remonter sa mécanique afin qu'il s'élance sur un tremplin. Autour de ces 2 axes, l'idée de doublure et l'enfance (liés à l'apprentissage de la musique) s'est organisé le projet. Ainsi, il était évident que j'utiliserais une panoplie afin de rejoindre une nouvelle fois des terrains de jeux enfantins, ce qui me permettrait simultanément de jongler avec les concepts d'apparition et de disparition de personnages. Lors de mon entrée en scène, j'apparais "déguisé" et peu à peu en voyageant dans le temps et l'espace des morceaux développés, une certaine forme de" nudité" voit le jour. Mais ce travestissement n'est en aucune sorte anecdotique, il est fondamental afin d'asseoir les couches multiples qui sont liées à toute existence. Ne suis-je pas plus déguisé lorsque je marche dans la rue en jeans et t-shirt ? De ce fait, la panoplie est une armure molle permettant la réception de vibration et une certaine forme de distanciation avec "un" soi-même et l'inconnu (le public). Les coups portés me semblent plutôt provenir d'une sorte d'espace intérieur, que le dénuement progressif renvoie vers l'extérieur, vers l'auditoire. J'ai souvent cette sensation que lors d'un concert de Cascadeur, ce n'est pas Cascadeur qui a le trac mais bien le public. Je crois que le risque et le danger sont partagés.

Quand et comment est né Cascadeur ? Quelle a été la dynamique à l’origine de cette création ? Est-ce une aventure solitaire en homme orchestre ou y a-t-il des participations extérieures ?
Cascadeur est né officiellement en 2004 et bien évidemment on l'aura compris ce projet est bien antérieur. J'ai voulu renouer avec l'enfance de la musique, qui dans mon cas, était liée au piano et à la voix. Dans une sorte d'éternel retour, les vents temporels m'ont poussé à faire exister Cascadeur. Sur scène (entouré d'instruments et de jouets détournés) je suis moins bien seul qu'il n'y (ap)paraît. Parfois, des visiteurs se présentent et se jouent de mes instruments ! Pour les enregistrements, j'ai besoin de retrouver des amitiés longues, une espèce de protection émouvante. Aussi, je travaille avec deux grands amis (Thierry Bellia et Jérôme Didelot). A ces fondations s'ajoutent d'autres partenaires de jeux, qu'une forme d'intuition m'autorise à convoquer.

Depuis combien de temps fais-tu de la musique ? As-tu eu une formation classique ou plutôt en autodidacte ? Quelles conséquences cela a sur ta manière de composer ?
J'ai commencé l'étude du piano il y a une trentaine d'années (je crois que l'on commence la musique bien avant d'avoir accès à ses instruments officiels). Ma formation était classique pendant 7 ou 8 ans puis je me suis tourné vers la pop (avec le désir de jouer les morceaux que j'écoutais) et vers le jazz. Le fait d'avoir été sensibilisé dans ma jeunesse aux musiques a sans doute ouvert certaines zones interdites... En ce sens, je crois que Cascadeur est un projet "ouvert" proliférant à l'intérieur de "l'espace-temps". En composant je fais sans doute appel aux fantômes et à leurs œuvres que j'ai eu la chance de côtoyer et souvent d'oublier. Je crois donc que lorsque quelqu'un compose, il est entouré de présences et d'absences.

LA MUSIQUE DE CASCADEUR

Quelles sont tes influences musicales et plus largement esthétiques (littéraires, cinématographiques, plastiques, ou autres) ? Quelles sont à tes yeux les œuvres qui « font sens » et qui, éventuellement, te portent ou t’éclairent ?
J'ai l'impression que Cascadeur pourrait se présenter comme la résultante d'itinéraires, de courses, de pauses et d'omissions...Le fait de ne pas être "un jeune" musicien ou être humain, m'aide beaucoup puisqu'à l'aide de mon "véhicule musical", il m'a été donné de côtoyer un certain nombre de territoires. Je fais donc souvent appel à mes penchants pour les disciplines voisines ou apparemment lointaines du monde de la musique : les livres, les films, les peintures dont j'aime m'entourer. Je pourrais même ajouter que mon amour du jeu de football m'est indispensable ! J'y vois une discipline très musicale où le rythme, l'espace ou encore la géométrie me font penser aux arabesques de l'écriture. Pour évoquer mes influences et pour être succinct l'on pourrait citer Radiohead, Tim Hardin, Les Buckley, Proust, Deleuze, Fante, Orson Welles, Kubrick, Woody Allen, Gasiorowski, Basquiat, etc...

Comment définirais-tu ta musique ?
Elle est "inqualifiable".

Comme tu as pu le lire dans la courte news que j’ai publié sur Culturopoing, j’ai trouvé qu’il y avait dans ta voix et ta musique à la fois quelque de Sean Lennon et de Robert Wyatt, te reconnais-tu dans ces artistes et/ou leur démarche ou pas ? De quelles autres démarches te sens-tu proche ?
Je connais mieux le travail de Robert Wyatt que celui de Sean Lennon (j'ai juste acheté son dernier album puisque certains avaient remarqué une certaine proximité de nos voix et qu'un ami m'a signalé - ironie du sort - qu'il avait initié un projet s'appelant "stuntman" !) mais la démarche de Wyatt me semble plus en phase avec ce que je recherche (une propension aux expérimentations, un éloignement du format pop, une richesse harmonique. Nombreuses sont les démarches m'interpellant. Je pourrais citer ces dernières : Arcade Fire, Patrick Watson, Chris Garneau, Karen Dalton,Sharko, etc...

Pourquoi le choix de chansons uniquement en anglais ? Qu’est-ce qu’elles nous disent ? D’où viennent-elles ?
Je crois que l'on retrouve ici mon désir de la panoplie par le biais du langage. Chanter dans une langue étrangère, quelque peu étrangère à soi-même et qui m'échappe. Cette idée de ne pas tout maîtriser me plaît énormément d'autant plus que le choix de cette langue masquée me permet d'exposer ma pudeur ! Souvent, j'évoque des absents, comme des spectres que j'aurais bien plus de mal à convoquer et interroger dans ma langue maternelle. Ces chansons viennent donc de bien loin, de l'histoire humaine qui nous balaie.

Comment écris-tu (textes et musiques) ? Comment ce processus se met-il en œuvre ?
Je commence toujours par composer la musique, la mélodie au piano puis je passe aux arrangements en allant dans "une pièce laboratoire" puis, en dernier lieu j'écris les textes. Je travaille souvent par séries de manière compulsive en maniaque obsessionnel !

Tu écoutes quoi en ce moment ?
Le chant des oiseaux qui passent auprès de moi (le printemps ?).

Existe-t-il une scène musicale particulière à Metz ? Y a-t-il des compatriotes dont tu te sens proche et dont tu souhaiterais nous parler ?
Je découvre la scène musicale de Metz. Elle est fort riche, passionnante et désarmée. Nous vivons dans une ville sinistrée mais peut-être qu'une nouvelle direction lèvera ce voile. Je pourrais citer le "Chapelier fou" (qui représentera la Lorraine au printemps de Bourges), Abstract Sound Project, Aghostinho ou encore Mélatonine. Ces projets sont animés par de belles personnes passionnantes et fort actives. Je crois à l'émergence d'une scène à Metz dans les prochaines années et j'espère y avoir un petit rôle à jouer.

CASCADEUR SUR SCENE

Je n’ai pas encore eu la chance de te voir sur scène, comment cela se passe-t-il ? Comment es-tu installé et pourquoi ? Quel type de salle te convient le plus ?
Sur scène je suis donc seul avec ma batterie d'instruments et généralement cela se passe bien ! Je crois que les personnes qui découvrent le projet sont souvent surprises et intriguées et peu à peu, elles se rapprochent de mon véhicule et partent avec moi. Nous sommes donc souvent en surcharge et je dois me concentrer afin d'éviter tout accident irrémédiable, mais je prends soin (en "bon" cascadeur) du matériel et du personnel naviguant. J'ai joué dans des salles très diverses et je n'ai aucune préférence si ce n'est d'éviter une trop grande proximité du bar !

A quoi ressemble idéalement un concert de Cascadeur ? Quel climat, quelle atmosphère souhaites-tu créer ?
J'aime sentir l'Eveil, les vibrations et les murmures. Ce sont des sensations très animales et je crois être un petit animal, ivre de nourriture terrestre et céleste !

Comment vis-tu la présence du public ? Comment se fait le lien avec lui ?
Par le silence.

CASCADEUR ET « LE MILIEU »

Que se passe-t-il depuis que tu as remporté le concours CQFD ?
Je rencontre des gens sensibles et attentifs et cela me comble.

Cascadeur est-il une activité à temps plein ou exerces-tu une autre activité ?

En dehors de Cascadeur, j'exerce une autre activité : la musique

Où en es-tu de ton intégration dans « le milieu » musical (contacts avec des labels, des chargés de diffusion ou de communication …) ? Quel regard portes-tu sur tout cela ?
Ma discrétion sera effective ici et le mystère je garderai.

Est-ce que tu t’occupes seul de te diffuser ou travailles-tu avec d’autres personnes sur ce sujet ?
Je travaille seul et des parents et amis me prêtent concours.

Quels sont les projets en cours ? L’actualité de Cascadeur ? Est-ce que des choses bougent ?
Je suis en train d'enregistrer de nouveaux morceaux, j'y occuperai tout mon mois d'Avril en attente d'autres concerts en Mai et en espérant que des secrets puissent se dévoiler...




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