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David Bowers – "Astro Boy"
Sorties salles
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Probablement plus que tout autre, Astro Boy est un manga emblématique au Japon. Publié pour la première fois en 1952, le petit Astro atomique fait la synthèse d’un pays à la fois aux prémices de son essor technologique et toujours terriblement marqué par les bombes A larguées sur Hiroshima et Nagasaki (Inashiro Honda réalisa son Godzilla à peine deux ans plus tard). Forcément, quand un studio américain se met en tête d’en produire une nouvelle version en 2009, on peut douter de ce qu’il reste de l’esprit original et on est tout près de crier à la trahison. Mais les choses ne sont pas aussi simples. D’abord, parce que le studio en question (Imagi) n’est pas une major. Mais surtout parce que la société de production créée par le père d’Astro Boy, Osamu Tezuka, incontestablement le plus grand mangaka que le Japon ait connu, est ici de la partie. Il s’agit bien d’une adaptation, bénéficiant du minimum syndical en matière d’animation numérique (rien à redire de ce côté-là), pas d’une retranscription littérale du début des aventures du petit robot humanoïde. Les entorses au récit d’origine sont en effet nombreuses, le rôle de certains personnages, et non des moindres (cf. le professeur Ochanomizu, ici rebaptisé Elefun !), ont été modifiés, mais l’esprit de Tezuka est globalement respecté (au-delà d’un personnage clin d’œil l’évoquant clairement, l’espace de deux courtes scènes, avec son béret caractéristique). ![]() Le film se fait d’ailleurs encore plus politique que le manga : via un message général à la tonalité plutôt écologique (une préoccupation constante de Tezuka, sur un mode moins "mystique" que Miyazaki), via un président un peu beaucoup dictateur sur les bords, prêt à tout pour se faire réélire, et notamment à un bon petit conflit armé contre le premier adversaire qui se présente (toute allusion à de réels dirigeants belliqueux n’est pas forcément fortuite), et surtout, beaucoup plus surprenant, via trois personnages de robots révolutionnaires communistes (vous avez bien lu : communistes !), assez inoffensifs et comiques mais incontestablement sympathiques (les trois Stooges du marxisme-léninisme ?). Même sur un mode comique, avouons que ça fait bizarre de voir un poster de Lénine dans un film américain pour enfants mainstream (ainsi qu’un poing dressé comme logo du parti révolutionnaire robot, qui n’est pas sans nous rappeler quelque chose, à Culturopoing…). Là non plus, il ne s’agit pas d’une trahison de Tezuka, qui, dans certains mangas beaucoup plus adultes (on pense notamment au passionnant et très noir Ayako), n’a pas toujours caché ses sympathies politiques très progressistes (pour reprendre la terminologie de l’époque). Pour autant, le propos principal d’Astro Boy n’est évidemment pas là. A l’instar de Pinocchio, dont Astro Boy est une variation futuriste, il s’agit d’abord d’une quête de reconnaissance et d’amour paternels d’un petit garçon qui n’en est pas tout à fait un. Comme dans le manga, Astro est un robot destiné à combler le manque affectif laissé par la disparition tragique du fils d’un savant démiurge et ambigu. Le film exploite habilement ce récit, de façon souvent assez subtile, parfois même réellement émouvante, en tout cas pas de façon superficielle. Il est même rare que ce type de production ne tombe pas dans le piège facile du "tout spectaculaire" et de l’accumulation, souvent lassante, des scènes d’action (mais il y en a, et elles remplissent assez bien leur cahier des charges). ![]() Signée de l’un des réalisateurs du décevant Souris City, cette énième adaptation d’Astro Boy est donc une agréable surprise, fonctionnant de surcroît très bien auprès des jeunes spectateurs (mais peut-être les garçons s’y identifient-ils plus facilement que les filles…).
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