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James Cameron – "Avatar" (avant-première)

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Posté par Cyril Cossardeaux le 2009-12-15



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Impressionnant est sans doute le plus faible des mots pour qualifier la dimension proprement spectaculaire d’Avatar. Le qualificatif est ici à considérer selon plusieurs acceptions du terme. Sur son plan le plus "technique", disons même industriel, le film n’est pas survendu. Il marque bien une avancée assez stupéfiante dans la maîtrise des effets numériques. L’un des paris de James Cameron était de créer un nouveau monde (empruntant beaucoup au gigantisme de l’ère des grands dinosaures de notre bonne vieille planète), il est incontestablement tenu. Le recours à la technologie s’avère tout aussi convaincant et bluffant pour les scènes plus classiquement "science-fictionnelles" mettant en scène des comédiens dans leur véritable enveloppe charnelle, qui donnent déjà un coup de vieux à des productions pourtant virtuoses comme Minority Report, ou, bien entendu, pour les scènes de combat de la dernière partie du film, assez étourdissantes.

Mais tout ça ne fait pas forcément du cinéma. Quel emploi en auraient fait par exemple des réalisateurs moins inspirés comme Michael Bay ou Roland Emmerich ? La différence, c’est que Cameron est un cinéaste, et un grand, qui s’amuse d’ailleurs ici à évoquer plus ou moins directement quelques uns de ses précédents films (l’allusion la plus directe étant Aliens, via Sigourney Weaver mais surtout une version bien plus sophistiquée d'exosquelette). Sa mise en scène est puissante, inspirée, précise (là où tant de réalisateurs moins virtuoses égarent leurs spectateurs dans la pyrotechnie) et son scénario suit plusieurs pistes très stimulantes.

Sam Worthington
Sam Worthington

Déjà initiée notamment par David Cronenberg (ExistenZ) et Mamoru Oshii (Avalon), l’interaction entre l’être humain et son avatar est ici poussée beaucoup plus loin, dans une direction qui ravira probablement les gamers. En endossant virtuellement la peau d’un Na’vi artificiellement créé par mélange d’ADN, Jake Sully (Sam Worthington) va suivre une initiation par niveaux, exactement comme dans un jeu vidéo, pour qu’il se fasse accepter de la communauté des Na’vi, qui connaissent sa nature hybride (mais pas ses réelles motivations). Il y a une belle idée assez poétique, dans ce passage de l’"être Homme" au "devenir Na’vi" pour le héros, qui ne prend les commandes de son avatar que dans son propre sommeil et ne peut pleinement redevenir Jake Sully que lorsque, à son tour, son avatar dort. Fantasme ultime du hardcore gamer que de rendre enfin "utile" ses propres heures de sommeil en vivant ainsi une véritable double vie ! Cameron va d’ailleurs jusqu’à faire de son héros un personnage physiquement impotent (coincé dans une chaise roulante), qui ne redevient donc un véritable être humain en pleine puissance de ses moyens physiques (carrément décuplés) qu’en tant qu’avatar…

Appelé à jouer un rôle de véritable "agent double" chez les Na’vi (en même temps pour les "gentils" scientifiques et les "méchants" militaires), Sully va tout naturellement être appelé à épouser la cause de son nouveau peuple, à la suite d’un cheminement intérieur qui nous rappelle quelques westerns : Little Big Man, Un homme nommé Cheval ou Danse avec les loups. Avatar peut donc aisément être qualifié de "western galactique", d’autant que la scène d’exode des Na’vi n’est pas sans évoquer non plus le Cheyenne Autumn de John Ford. Il reprend à son compte la rhétorique, énoncée d’une façon un peu platement écologique (et rappelant souvent celle d’un Miyazaki, notamment via le rôle magique accordé à la forêt et aux arbres), de l’harmonie nécessaire entre l’Homme (enfin, ici, le Na’vi) et la Nature.
Mais ça n’est pas, loin de là, la seule dimension politique du film.

Zoe Saldana & Sam Worthington (enfin, plus ou moins...)
Zoe Saldana & Sam Worthington (enfin, plus ou moins...)

Cameron multiplie en effet les références à des épisodes historiques bien Terriens : le massacre des civilisations des "Native Americans", que ce soit au Sud (via les conquistadors espagnols) ou plus au Nord (par les colons européens, futur ferment de la nation états-unienne) ; la charge aussi courageuse qu’archaïque des lanciers polonais contre les panzers allemands ; les bombardements au napalm des villages vietnamiens par l’armée américaine (la tasse de café fumant sirotée par l’impressionnant Stephen Lang sur fond de torpillage de la communauté Na’vi faisant comme un écho au célèbre "I love the smell of napalm in the morning" de Robert Duvall dans Apocalypse Now).
Plus près de nous encore, le film semble faire aussi référence aux deux grands traumatismes américains du début du XXIème siècle, d’une façon assez étonnante. Les images suivant la destruction de l’arbre de vie millénaire des Na’vi pourraient presque avoir été tournées à Ground Zero alors que le mélange d’intérêts économiques et militaires dictant les agissements de la compagnie minière exploitant les richesses de la planète Pandora rappelle bien évidemment les visées de la seconde guerre d’Irak.
On peut donc reconnaître un certain courage à Cameron d’avoir réalisé l’un des plus dispendieux blockbusters de tous les temps dans lequel le spectateur finit par appeler de ses vœux le massacre, parfois assez sauvage, de soldats américains, qui sont, dans le film, clairement du "mauvais" côté. Mais aussi se demander, dans le même temps, s’il serait imaginable de produire un film où un ancien soldat US ne trahirait pas son camp d’origine pour de gentils Schtroumpfs géants (et imaginaires), mais prendrait plutôt la tête d’une offensive de ses nouveaux frères d’armes vietnamiens ou irakiens, dans le cadre d'un conflit celui-là historiquement bien réel. On pose la question mais on connaît la réponse…

On imagine bien du Wagner sur ces images, non ?...
On imagine bien du Wagner sur ces images, non ?...

Alors, Avatar, réussite totale et exemplaire, alliance parfaite de la forme et du fond ? Il eut fallu pour cela des interactions entre ses principaux personnages un peu moins conventionnelles et des retournements de situation moins attendus et abrupts. L’espion inflitré finissant par épouser la cause des indigènes, la fille du chef chargée de son "éducation" et tombant finalement sous son charme malgré ses réticences initiales, le guerrier belliqueux et promis à la belle d’abord hostile puis frère d’arme une fois ses doutes levés sur la sincérité du héros… pardon pour donner l’impression de spoiler l’intrigue, mais tout ça est largement cousu de fil blanc. On ne peut pas s’empêcher de le regretter, comme de penser que l’ambiguïté inhérente au statut d’infiltré de Jake Sully n’est que très insuffisamment exploitée. Le film priorise clairement le spectacle à la complexité narrative mais le spectacle est tel qu’il finit par emporter ces réticences, dont bien des films moins brillants ne se seraient pas relevés…






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Commentaires
De : gw

Je suis étonné que personne n'ait encore réagi à cette splendide chronique. Très circonspect avant de la lire, je suis à présent tout à fait conquis et prêt à aller m'en payer une bonne tranche. J'ai toujours aimé les blockbusters pour le plaisir de l'image et des effets (rooo, ce que ça fait du bien une grosse explosion), et un blockbuster bien construit aux images folles et bien pensées, c'est Noël, Pâques et mon anniversaire le même jour ! :)

De : antoine

vu hier soir en 3D (au Max Linder à Paris, super salle)
si je savais écrire, cette chronique serait celle que j'aurais pondue ce matin

la travail sur la faune et la flore est superbe, le design des véhicules et vaisseaux inspiré : un vrai univers
un scénario classique c'est vrai - on pourrait presque dire universel si cela était péjoratif - mais une vraie émotion
de nombreuses influences visuelles, bien digérées
le film est bien raconté, bien rythmé, bien réalisé
pour moi la seul personne "malheureuse" en voyant ce film sera (ou a été) George Lucas : l'élève a peut-être dépassé la maître

allez-y les yeux ouverts !


De : Bornu (qui radote)

Cecile B 2010 alors ?

De : noodles

ça a l'air bien... dans quelle salle se joue ce film svp ?

De : cameron diaz

Personne ne m'a demandé mon Na'vi ?

De : phiphounet 1er

Je desire voir AVATAR en famille , (2 adultes , 1 garçon de 11 ans et 1 fille de 6 ans ) . Est- ce une bonne idee , ou faut -il abandonner ? merci pour les eventuelles reponse . bonnes fetes !!!

De : mr_kenyatta

6 ans, ça me semble un peu jeune mais c'est vous qui voyez :-)

De : Infernalia

Je nuancerais... ça peut aussi lui en mettre plein les mirettes même si elle ne captera pas forcément tout... Par contre niveau violence, c'est plutôt léger ! Le mien en tout cas (7 ans) était enthousiaste !!!

De : noodles

est-ce que ma mère, 70 ans, peut le voir ?

De : mr_kenyatta

Bah, c'est pas tellement plus vieux que Sigourney donc, je suppose que c'est ok... (ouais, elle est limite, celle-là)

De : Mahefa

Certainement LE film à aller voir en famille durant ces fêtes ! Je l'ai vu en 3D mais il paraît que même ceux qui l'ont vu en 2D (car ne supportant pas trop la 3D) ont adoré.
Moi j'ai bien aimé, Pandora est une pure merveille à découvrir en 3D. La poésie à l'état pur. L'histoire me rappelle un peu ce qui se passe chez moi (à Madagascar, où la déforestation et la menace sur la biodiversité qui y règne sont importantes). Mais côté scénario, complexité et rebondissements, je suis un peu frustré quand même. James Cameron peut faire beaucoup mieux que ça, il nous l'a déjà démontré avec Aliens et Abyss (niveau stress et suspense), et Titanic (niveau émotion, pas l'histoire d'amour un peu cul-cul mais ce qui arrive aux 1500 passagers qui ont péri dans l'Atlantique). Après, peut-être que ce n'était pas le but recherché ici, même si niveau émotion, on ressent bien la colère et la tristesse des Na'vis face à la bêtise humaine, mais bon, voilà. Je n'ai pas autant vibré qu'avec Abyss. Reste quand même un formidable spectacle qui vaut largement le prix du ticket + 3D. Au moins, Cameron ne nous sert pas de plan foireux où un petit chien est sauvé :-))
Espérons qu'il en ait gardé beaucoup sous la chaussette pour les suites ... J'espère un Avatar 2 façon "L'Empire Contre-Attaque" ... Là ce serait le pied absolu.

De : camerondiaz

J'ai été très déçue par le remake du film d'Albert Lewin Pandora.
A l'origine Pandora Reynolds, une chanteuse américaine de passage en Espagne, fascine tous les hommes. Elle refuse la demande en mariage d'un poète, Demarest, qui se suicide.Je n'ai rien retrouvé de la poésie originale de ce film de 1951, quand à Ava Gardner, le fait de le retrouver en schroumpfette géante est un drôle de parti-pris.Mr Cameron nous avait habitué à plus de rigueur, dans son premier remake de la chanson "Il était un petit navire" par Céline Dion, au moins on reconnaissait l'histoire de départ.




De : Presse tout bleu

Bon ben j'ai vu Avatar.

Au niveau de la forme, rien à dire, les informaticiens ont bien travaillé ca fait un très joli dessin animé.

Au niveau du fond je tairai par charité chrétienne le nombre d'idées, de séquences, de thèmes ou des personnages piqués dans d'autres oeuvres (films ou bouquins). C'est souvent un défaut des films de Science Fiction grand public (remember le 5eme Elément, par exemple), mais là Cameron y va très fort : j'ai beau chercher, je ne vois pas une idée originale qui n'aurait pas déjà été exploitée, filmée ou exprimée par d'autres. Soit son film est un hommage de 2h40, soit c'est le même syndrôme que Besson : je pique toutes les bonnes idées ailleurs, le public va aimer. J'ai peur que Cameron soit plutôt souvent dans le deuxième cas.

(Putain quoi il ose faire décoller des hélicoptères sur fond de trompettes et choeurs d'opéra !!!)

Alors verdict de la chose : un bon film de Dimanche soir sur TF1.


De : mr_kenyatta

Tu tapes fort, Presse, là... ;-)
Pour les hélicos, on est d'accord, j'ai d'ailleurs relevé l'analogie (hommage ?) dans la critique.
La grande différence avec le consternant "Cinquième élément", c'est quand même qu'ici, y'a un scénario et une thématique qui se tiennent (même si thème et message ne brillent pas par une parfaite originalité, ok), et que c'est aussi un film qui parle de notre civilisation, depuis des siècles, qui parlent des Hommes, alors que Besson est bien incapable de parler de quoi que ce soit, juste capable (?) de faire du fun.

De : Presse pas frapper pas frapper

Qu'on me comprenne bien : j'ai jamais dit qu'Avatar était aussi mauvais que le cinquième élément, loin de là...

Je reproche juste à Cameron de n'avoir pas su une seconde faire preuve d'une quelconque originalité dans le genre Science Fiction qui justement le permet.

Il y a plus d'idées dans le moindre volume de Valérian, par exemple, que dans le film de Cameron. Sans doute a-t-il voulu être trop consesuel ou compréhensible, mais à mes yeux ca dévalorise le travail du réalisateur, pourtant techniquement impressionnant.

(Et oui les héliocos j'y vois un hommage, mais perso ca m'a plutôt fait rigoler).

De : Jacques Tatillon, les vacances de monsieur bornu

Ca aurait été Luc Besson qui aurait fait cet "hommage" (comme pour le scandaleux emprunt du morceau de dick dale entendu sur pulp fiction pour le générique d'un Taxi) qu'on aurait hurlé avec les loups (solitaires) !!!!

De : mr_kenyatta

C'est mieux d'avoir vu le film pour en juger...
Dans "Avatar", je pense que la scène en question est moins une façon pour Cameron de "pomper" Coppola que de (re)pointer du doigt la monstruosité des massacres américains au Vietnam à l'aune de ceux de Pandora. Et pan !

De :

Cameron conçoit surtout son film comme un conte, une fable... C'est même un peu "forêt d'émeraudes" sur les bords Avatar (Etonnant d'ailleurs de constater à quel point tout ce qui a attrait aux "tribus" extra-terrestres renvoient obligatoirement aux mythologies indiennes avec ses monstres volants, ses peintures, ses initiations). Alors effectivement, ça peut paraître parfois assez surprenant d'avoir quelque chose d'aussi révolutionnaire sur la forme, mêlé à quelque chose de plus passéiste sur le fond. Mais je trouve que c'est une jolie naïveté et curieusement ce passéisme fait du bien. Non, on ne peut pas comparer à Besson, Besson et le vide absolu, Besson qui non seulement pille mais ne comprend jamais rien de ce qu'il pille. Difficile de comparer Avatar au 5 élément, ce salmigondis d'élève de 6e griffouillant des vaisseaux spaciaux pourris sur son cahier Bellefontaine qu'était obtenant ensuite un budget pour tourner un scénario récré A2...

De : Infernalia

J'ai encore oublié de signer ma bafouille... c'était moi la dernière

De : pouquoipas

En effet l'article est très bien et reprend beaucoup d'élements que j'ai moi même pu constater. L'expression "western galactique" me semble très approprié au film, car il parait difficile de ne pas faire un parallèle entre l'univers des na'vi et la culture indienne. Que Cameron refasse l'histoire et donne sa "revanche" aux peuples améridiens à travers son récit n'est pas vraiment une surprise. Sous l'apparence d'un maitre des effets spéciaux au service d'une intrigue toujours efficace (les 2 terminators), il a toujours été un maitre du grand spectacle et des grands sentiments (Titanic), ce n'est pas la première fois qu'il jalonne son récit d'une histoire d'amour qui transcende son histoire ainsi que ses héros (Abyss), au péril souvent de se faire accuser d'exposer des points de vue simpliste ou naif.
Avant tout, je crois que c'est un choix du "maitre" Cameron, il partage son plaisir avec nous et ne cherche pas à le complexifier pour lui donner plus de corps ou de substance, il tient à preserver la fraicheur et l'innocence de son idée quitte à lui sacrifier sa profondeur.
Maitriser à ce point son récit (sur 2h40 !!!) est pour le moins époustouflant. L'univers qu'il nous montre est proprement merveilleux et il l'étale avec une telle grâce et une telle habileté qu'on se demande comment tout cela n'est pas réel au final. Il ne perd pas pour autant le fil de son histoire (tenu certes mais n'emporte t'il pas l'adhésion de son spectateur?) tout en nous faisant partager les splendeurs de sa planête imaginaire.
A voir la créativité qui déborde partout de son film, il faut imaginer l'armada de technicien, de concepteur, de créateur qui ont contribué à façonner Pandora. On imagine le plaisir de travailler avec Cameron et le talent de chacun de ses collaborateurs qui est mis à contribution pour parachever un univers aussi foisonnant, atractif et attrayant.
Lui reprocher son manque d'imagination dans l'univers archi-rebattu de la SF, parsemé d'adaption de roman, de nouvelles et de remake me semble un peu fort. De toute façon la SF dans son ensemble comme tout genre littéraire et cinématographique est un savoureux mélange d'influences diverses et de récupération plus ou moins consciente des oeuvres et de l'histoire passé. En général, les auteurs ont eus des inspirateurs, des mentors, aucune histoire ne nait de nulle part, coçnsciemment ou inconsciemment nous nous nourrissons de ce que nous apprenons.


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