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Les 400 coups de la Gestapo douce (débat autour du film "La Rafle")
Sorties salles
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Madame, Monsieur bonsoir et bienvenue sur France Télévision où vous venez de regarder en notre compagnie le film La Rafle, de Rose Bosch. Autour de la table pour débattre autour de ce film, un premier film je vous le rappelle, Cyril Cossardeaux, de Culturopoing, et Bruno Piszorowicz, de Télé 7 Jours.
Pour nos plus jeunes téléspectateurs, je rappelle brièvement que Bruno Piszorowicz est l’auteur du pensum Critique de la déraison pure, un portrait de Gérard Lenorman et se trouve être par ailleurs un spécialiste reconnu des films (et romans, et essais, et chansons mêmes de Nazis tandis que Cyril Cossardeaux est lui le spécialiste des films de Navi’, s’étant fait remarquer via son inénarrable saillie entendue sur France 3 au sortir d’un visionnage du film Avatar : "Titanic, à côté, c’est des playmobils".
Commençons le tour de table, un tour de table je le sais déjà partagé voire bipolaire, avec Bruno Piszorowicz. Bruno votre impression sur le film que nous venons de voir, votre commentaire ?
Bruno Piszorowicz : Je trouve que le film vaut bien plus par son intention et sa capacité à s’y tenir tout du long du métrage que par le résultat proprement dit. Qu’avons-nous ici en effet sinon une œuvre à vocation pédagogique ? C’est le premier film à ma connaissance qui traite de cette rafle du Vel d’Hiv, uniquement et strictement. J’ajouterais qu’en dépit des scènes qui mettent en scène Hitler et ses sbires rendant compte des ramifications françaises de la solution finale en pleine digestion post-dinatoire.
La Rafle reste un film stricto sensu franco-français. Un film qui parle du sort de français arrêtés puis déportés par d’autres français, un film qui évoque la vie quotidienne dans Paris occupé pour des familles juives et non-juives, un film qui montre cette population non-concernée dans sa diversité avec ses bienveillants, ces "justes de l’instant", oserais-je dire, et puis ses complices plus ou moins discrets, un film qui montre cette police française qui vient arrêter des ressortissants français au petit matin du 16 juillet 1942 mais aussi certains policiers qui préviennent et aident à leur si dérisoire mais si importante échelle. Voilà, messieurs, un film qui interpelle en douceur, sans forcir par trop le trait (écueil évité la plupart du temps ici, ce qui n’est pas une mince affaire tout de même), un film classique dans sa forme, sobre dans ses effets un film au service de son sujet, tout du long, voilà à la fois sa principale qualité et son principal défaut puisqu’en effet, l’ensemble, s’il évite le pompiérisme ou le lyrisme brinquebalant du spectacle d’une nation en train d’assassiner les valeurs fondatrices de sa République, n'en reste pas moins un monolithe concave, un sujet complexe convexe. Cyril Cossardeaux : Il a fini là ? C’est bon ? Non parce que franchement le côté "Entre ici Amélie Moulin", ça va bien, là. Bien loin de mon collègue ici présent, je dois dire en toute honnêteté que j’ai trouvé personnellement que ce film étaotencore pire que ce que je pouvais craindre et j’avoue même ma colère à sa vision eu égard à son sujet. Ce film n'est que lourdeur,didactique en diable et il donne l’impression que nous n’avons pas derrière nous 50 années de cinéma moderne, vraiment il n’y a pas beaucoup de cinéma dedans ! Traiter un grand sujet nécessaire et rappeler le crime indélébile de la France ne dispense pas de faire du cinéma...
BP : C’est en partie vrai pour ce qui concerne la forme en effet, mais c’est sans doute parce que la réalisatrice s’est limitée, s’est accrochée même, aux seules anecdotes et histoires transmises des témoins pour construire sa trame. Le contexte, les choix politiques, les décisions liées à la "Grande" histoire s’entremêlent avec une foultitude de petites histoires, aux destins de quelques figures principales du film et derrière elles, car sitôt raflées elles n’apparaissent plus qu’en groupe et collectif, de tout une frange de notre population.
C’est là signe de sagesse de la part de Rose Bosch de filmer au plus près de son récit, de tous ces récits, c’est là qu’elle fait mouche et sait nous émouvoir car il est vrai que dés qu’elle s’éloigne de ces témoignages vécus et représentés ici pour rendre compte d’une atmosphère ou d’une politique (des rues de Montmartre au Nid d’aigle en passant par Vichy) son récit voit son trait par trop se forcir. ![]() I Rafled a man called Reno just to watch him die CC : Cette première partie à Montmartre, c’est vraiment pas possible quoi ! On dirait Le Tragique destin annoncé d’Amélie Poulinstein ! Plus chromo tu meurs ! Tout est vrai, rien n’est crédible hélas !
Et puis, tout de même il faut quand même évoquer ce qui me semble être à la fois maladroit et gênant, à savoir que nous avons là un film qui se veut tellement explicatif que tous ses personnages se trouvent réduits à la seule échelle de leur judéïté, comme de simples archétypes. Toutes leurs discussions, essentiellement dans le premier tiers du film, tournent autour de leur judaïsme, des rappels historiques scolaires (les gamins apprenant que Jésus était juif) et finiraient presque par donner de l’eau au (Jean) moulin d’une population non assimilée, puisque d’abord et avant tout juive avant d’être française, un comble ! BP : Peut-être oui mais enfin, qu’étaient-ils donc ces aimables citoyens français aux yeux de Vichy sinon justement de "simples" juifs, même si cette population était par ailleurs bigarrée et diversifiée, comme le montre d’ailleurs ce film si on se tient aux deux familles principalement mises en lumière ici (poignant paradoxe puisqu’elles sont mises en lumière au fur et à mesure qu’elles s’avancent dans les ténèbres de l’Histoire) et fort différentes l’une de l’autre, celle de Gad Elmaleh et celle d’Anne Brochet.
Après le film souffre peut-être d’un excès de reconstitution lourde, d’un effet lorgnant sur le statique, sur l’écrasant poids du calque d’une ancienne réalité. Cela va jusqu’aux scènes des camps du Loiret où la population est supposée être sous-alimentée durant de longues semaines et où l’on croise pourtant un Gad Elmaleh à l’œil parfois pétillant et un Jean Reno bien joufflu. En même temps je pense que le premier à sous-alimenter Jean Reno sur un plateau de cinéma n’est pas encore né hein ! Alors ce n’est pas une réalisatrice dont c’est le premier film qui allait réussir à faire de notre Jean Reno l’égal d’un Robert de Niro jouant à Raging Jew (qui a dit Raging Jewell ?). CC : Et puis quelle erreur, quelle grossière erreur, que d’avoir voulu mêler la grande Histoire à la petite, avec ces scènes particulièrement ratées avec Bousquet, Pétain/Laval, Hitler/Himmler/Eva Braun. Ratées parce que mal écrites, trop courtes, trop conçues à chaque fois comme des "encadrés" censés rappelés le contexte historique "réel" dans un récit plus romanesque. Il me semble que pour pareil sujet l’alternative est pourtant simple :
- soit tu fais un vrai film historique plutôt pédagogique centré sur les figures historiques (traité avec une sécheresse quasi documentaire à la Rossellini, ça peut marcher) ; - soit tu centres ton récit sur des destins individuels d'anonymes, mais il ne faut surtout pas mixer les deux. ! BP : Pas d’accord M’sieur Cossardeaux ! Regardons ensemble voulez-vous le film Le Pianiste de Roman Polanski, je pourrais évoquer La Liste de Schindler également (ce remix des Dents de la mer qui ne voit pas cette fois le requin tourné autour des jeunes ados mais au contraire les jeunes enfants tournés autour des chambres à gaz). Le film de Polanski est un magistral mélange justement de cette petite et grande Histoire !
Voilà un film qui nous montre durant sa première partie le destin de toute une frange de la population polonaise dans son fait le plus brut et le plus tragiquement insupportable, un segment qui rend compte du destin de tout un peuple tandis que la seconde partie nous montre à voir cette fois le destin, certes exceptionnel, d’une personne de ce groupe, destin extraordinaire car il aura survécu à l’innommable tout comme la jeune fille au début de cette présente Rafle tout comme les petits garçons plus tard, survie forcément spectaculaire car rarissime. Je rappelle tout de même que pas un enfant n’est revenu de ces camps, je rappelle encore que seulement quelques dizaines, deux je crois, des hommes et femmes déportés sont à leur tour revenus de ces camps, deux dizaines sur des milliers de personnes ! Je veux bien que ce film soit lacrymal mais enfin quoi !! Il est regrettable de mon point de vue de montrer encore et toujours justement de survivants de ces camps, comme si pas un film ne pouvait se faire sans son survivant, sans son petit rayon de soleil alors que le ratio de survivants est hélas abominablement bas. CC : Monsieur Klein traitait déjà de la Rafle du Vel d’Hiv. Moins directement peut-être qu’ici, à travers, à travers le destin d'un homme et presque sur le ton de la fable allégorique (allant d'ailleurs au-delà du drame de la Shoah pour nous questionner sur l'Autre, l'altérité, etc.). Mais je pense que c'est ce qui donnait au film une dynamique narrative bien plus forte et en faisait du cinéma, pas une leçon d'Histoire. Et pourtant, je ne suis pas un fan de Losey dans l’absolu !
Même le Gainsbourg de Sfar, malgré ses défauts, se confrontait, avec beaucoup plus de courage, aux immondes clichés antisémites de l'époque et osait accentuer le physique supposé "juif" de son (jeune) héros, alors que, ici, on a l'impression qu'on prend bien soin de prendre des comédiens "non typés", probablement pour favoriser l'identification du grand public, comme dans Welcome, finalement. Donner un fils de cinéma blond aryen à Gad Elmaleh, il fallait quand même oser le faire... Bien messieurs je vous remercie de vos éclairages et de votre participation à ce débat, il reste pour nos amis spectateurs à se faire leur propre idée sur ce film, nous les invitons pour cela bien évidemment à se rendre dans leur cinéma le plus proche. Bonne fin de semaine et à très bientôt pour une nouvelle émission !
Commentaires
De : Florence Allez plutôt voir Shutter Island ! De : Florence Au fait, le plan média de "La rafle" me fait atrocement pensé à celui d"un village français"... l'époque avant le cinéma, l'HIIIIIIIIIIIistoire avant le film... De : ALFR à voir un film entièrement sur la rafle et d'une bien autre qualité à la fois cinématographique et reflexive : les guichets du Louvre de Michel Mitrani, 1974. De : il s'appelait bornu il n'avait pas 10 ans Un angle d'approche pour adoucir votre courroux au sujet de ce film est peut-être de vous dire, vous ronds-de-cuirs lettrés et cultivés à qui on ne vous la fait de faire un film de reconstitution, que le public dans sa grande marge n'a peut etre pas votre science et votre connaissance pointue du sujet, ce film jouant alors le role d'une présentation docte des faits, pédagogique avant tout quoi. Alors ca met à mal les cinéphiles, ceux qui s'entretuent pour un traveling dans le film Kapo mais ce n'est peut etre pas là 1 la majorité des spectacteurs 2 la volonté des auteurs de film de leur plaire De : Infernalia " la volonté des auteurs de film de leur plaire" Aie aie aie... il est bien là le problème, brosser dans le sens du poil n'a jamais donné de bon film. En fait il faut juste savoir ou se trouve le débat, si on parle d'Art ou de pédagogie, si on parle de qualité ou de succès public... En gros un mauvais film peut aider à comprendre l'Histoire, peut aussi avoir son public.. ça ne met pas en jeu la valeur du public, par contre ça ne rend pas le film bon pour autant. Quand même les grands films de reconstitutions historiques qui en plus de leur sujet ont la force de leur forme, ça existe ! De : vous n'aurez pas l'alsace & le bornu Personne n'a dit, pour ce que j'ai compris, que c'était un bon film pour ce qui concerne l'article et ses commentaires, un film utile peut etre mais un bon film certainement pas. C'est de la mise en image d'un manuel d'histoire, et encore. La pédagogie ca peut avoir son intéret, c'est en tous les cas le seul du fim de mon point de vue (sinon qu'on sait enfin ce qu'a foutu Chochana après le massacre de sa famille et la gestion du cinéma, elle était infirmière au vel d'hiv et dans le loiret, bien planquée sous sa coiffe protestante!) De : mr_kenyatta Mmmhhh, ce serait plutôt ce qu'elle faisait AVANT "Inglourious", vu qu'elle meure à la fin, avant même que son cinéma ne crame ;-) Rigolo (enfin, façon de parler), par contre, de la trouver cette fois face à Denis "Perrier Lapadite" Menochet qui joue cette fois le méchant mais-qu'on-sent-qu'il-a-un-coeur-quand-même-allez flic qui dirige le camp du Loiret. De : La 7è compagne de Bornu au clair de lune il ne fallait pas lire "après le massacre" mais "entre le masscre", cela prend d'un coup un autre sens, ca m'apprendra à ne pas me relire De : mr_kenyatta Je ne t'ai pas bien lu non plus, ça m'apprendra aussi, tiens (en même temps, l'expérience est une lanterne qui n'éclaire que le chemin parcouru...). Insérer un commentaire : |
