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Lynch, Kurosawa et Gilliam en HD chez Fox
Sorties DVD
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De belles éditions blu ray combos ce mois-ci chez Fox. Elles sont présentées dans un luxueux packaging « Digibox » à la manière d’un joli livre, agrémentée d’un livret papier glacé, joliment illustré mais au contenu peu analytique. Qu’en est-il des films et de leurs copies ? ![]() Palme d’or à Cannes en 1980, Kagemusha représente un peu la quintessence du cinéma de Kurosawa dans sa capacité à fusionner l’épique et l’humaniste en un même ensemble. C’est cette chaleur individuelle qui rend Kagemusha si émouvant au-delà de sa dimension spectaculaire ; du grand spectacle flamboyant. Car au-delà du phénomène de collectif, de l’arrière plan des guerres des clans et de ses affrontements sanglants, Kagemusha raconte une odyssée individuelle, une quête d’identité dans laquelle la prise de conscience conduit au désespoir. En pleine furie de combats, le chef Takeda est mortellement blessé. Il est de coutume d’utiliser des sosies par précaution. Un voleur, un brigand, réplique trait pour trait du chef regretté va donc être mis à sa place, pour faire illusion auprès des troupes. Transporté dans un monde qui ne lui appartient pas, ce Kagemusha, ombre du guerrier, va donc se prendre au jeu du pouvoir, jusqu’à la mort. La dimension sociale est bien là, lorsque Kurosawa évoque ce fossé entre les classes, le Kagemusha découvrant des fastes qui ne lui appartiennent pas, lui qui brusquement échappe à la misère du peuple… pendant un temps du moins, car tous ne sont pas dupe. En une issue magnifique et dérisoire c’est l’amour pour l’enfant qui causera sa perte lorsque le cheval du maître le désarçonnera. Kagemusha rappelle l'admiration de Kurosawa pour Shakespeare, car après l’avoir porté plusieurs fois à l’écran il offre ici une œuvre si proche du dramaturge qu'elle pourrait apparaître comme l'adaptation d'une tragédie perdue de l’auteur élisabéthain. Kagemusha se partage entre moments intimes et scènes de batailles hallucinées dans des nuits rouge sang, dominé par la présence de l’immense Tatsuya Nakadai. Les corps des jeunes soldats chargés de protéger Shingen Takeda, prêts à se sacrifier, s’amoncellent autour de ce faux chef, impuissant, douloureusement silencieux, enfermé dans son rôle, claustré dans le mensonge. Kurosawa filme cette apocalypse intérieure autant qu’extérieure, en une osmose magistrale du métaphysique et du politique dans laquelle la supercherie du pouvoir témoigne de l’injustice universelle. Kagemusha fait partie de ses œuvres indémodables dans lesquelles il convient de venir se ressourcer régulièrement.
Bien que bien meilleure en contraste et en gestion des couleurs, le transfert HD reste tout de même bien décevant et en deçà de ce qu’on pourrait espérer d’un Blu Ray. Il est peu probable qu’un travail de restauration digne de ce nom n’ait été effectué, surtout si l’on compare à la magnifique édition Criterion. De même Fox aurait pu profiter du blu ray pour éditer la version intégrale du film disponible déjà chez Criterion. En guise de bonus, l’intéressant commentaire audio de Stephen Prince... et c’est tout.
![]() Il suffit à David Lynch de déposer une oreille dans un champ pour que la lumière bascule dans les ténèbres. Blue Velvet constitue un peu la transition géniale de l’œuvre de David Lynch, celle où le classicisme et la grâce d’un Elephant Man vient rejoindre l’étrangeté cauchemardesque d’Ereaserhead. Il en découle une œuvre qui dissimule son incroyable perversité sous son élégance formelle, encore extraordinairement dérangeante, illustrant magistralement la beauté du Mal. Au sein d’une petite ville tranquille va plonger dans un autre monde, une autre dimension et faire la connaissance avec l’incarnation du diable. Le héros est littéralement happé par cet enfer, passage au-delà du miroir vers une terre vampire. Il exploite dans une forme hypnotique l’idée d’un même lieu radicalement différent qu’il soit surexposé au soleil ou qu’il fasse nuit noire. Lynch joue avec les codes du film de gangster des années 50 pour mieux leur adjoindre une dimension occulte. Rien d’étonnant à ce que ce monde rétro de stars déchues, de bandits dégénérés, et de crooners maquillés ressemble autant à une galerie de fantômes. Blue Velvet ne cesse de jouer sur cette dualité manichéenne, bien/mal, jour/nuit qui ne cesse de mettre à mal la notion même d’innocence, poussant régulièrement vers une ironie mordante, comme en témoigne ces phrases faussement naïves sur l’étrangeté du monde et la beauté des oiseaux. C’est là qu’explose la dichotomie fascinante du cinéaste, sentimental pervers, humaniste démoniaque passant allégrement du quotidien le plus banal à l’abstraction anxiogène. Blue Velvet est une œuvre dont on ne se lasse pas et qui procure toujours à chaque nouvelle vision le même vertige.
Vous attendez tous de savoir si le Blu ray contient bien les fameuses 50 mn supplémentaires de scènes coupées exhumées par Lynch lui-même… et bien oui. Elles y sont, et même si on aurait aimé les voir sous titrées, c’est un réel bonheur que de pouvoir ajouter à ce classique faisant partie de notre imaginaire collectif, des moments inédits qui éclairent un peu plus sur certaines séquences ou certains personnages. Le beau documentaire « Mysteries of love » nous permet de voir des images d’archives et des témoignages intéressants d’une grande partie de l’équipe. Rien à dire sur le transfert, il est magnifique, et ce dès l’ouverture qui nous fait nous pâmer devant ce rideau de velours bleu.
![]() Entrons, avec Brazil, dans une autre forme de cauchemar, le labyrinthe kafkaïen de Sam Lowry dont l’existence tourne à l’enfer, lorsqu’une mouche vient s’écraser sur une machine à écrire pour faire une faute de frappe sur un formulaire. Le délire non sensique des Monty Python rencontre la charge totalitaire de 1984. Brazil est un paradoxe filmé, à la fois une gigantesque farce et frénétique allégorie du totalitarisme. Constamment sur la brèche, le film visionnaire et spectaculaire de Gilliam reste à la fois tourmenté et grotesque, usant de l’humour noir comme d’une arme moqueuse et cinglante jusqu’à l’hystérie. Défiant la logique usuelle, partant dans des zigzags et des digressions, entremêlant rêve et réalité, Brazil ressemblerait à la projection des pensées d’un cerveau possédé par la démence.
Lui-même inspiré du Metropolis (et de Blade Runner), Brazil aura lancé une vogue de films d’œuvres futuristes au design très proche, du très beau Dark City à l’abominable Cinquième élément, ainsi que des œuvres d’anticipation angoissées évoquant l’idée d’un monde dans lequel l’individu devient esclave étouffé par le pouvoir
Derrière l’évidente allégorie politique et orwellienne, Brazil évoque aussi les rêves d’évasion dans des mégalopoles qui enferment et aliènent, les derniers vestiges du bonheur résidant dans le voyage au fond de soi. Les séquences oniriques salvatrices, constituent un espace de libération, mais multipliées elles rendent la crainte du retour au réel plus angoissante encore. C’est une esthétique de la surcharge, du baroque visuel, du bric à brac qui domine jusqu’à satiété, dans laquelle les conduits d’aération des immeubles ressemblent à des tuyaux d’aspirateurs comme autant de tentacules urbaines. Le foutraque est ici porté à sa perfection vers le délire et le poétique. Brazil est indiscutablement le chef d’œuvre de Terry Gilliam et son œuvre la plus représentative, dans laquelle il parvient le mieux à maitriser ses thèmes fétiches sans s’éparpiller. Brazil échafaude un royaume de la contradiction et de l’oxymore où s’entremêlent humour dévastateur et emprise de la peur, un royaume dans lequel on parvient à rire de l’horreur et s'effrayer du rire. La peur de la torture et de la dictature se confond au ravissement de l’échappée mentale. Sam Lowry le condamné ne prend plus rien au sérieux, pas même sa mort. Il y a longtemps qu’il s’est enfui ailleurs. Et nous restons étourdis par ce tourbillon de visions cataclysmiques.
En guise de bonus, Fox propose le making of de Brazil. Après de multiples problèmes avec la production Brazil sortit dans une version de 94 mn avant que Gilliam n’obtienne la director’s cut. C’est celle-ci qui nous est présentée dans un Blu-Ray au transfert quasi parfait, nous permettant de découvrir Brazil, enfin dans toute sa splendeur.
Kagemusha (Japon, 1980) d’Akira Kurosawa, avec Tatsuya Nakadai, Tsutomu Yamazaki, Ken'ichi Hagiwara …
Blue Velvet (USA, 1986) de David Lynch, avec Isabella Rossellini, Kyle MacLachlan, Dennis Hopper…
Brazil (GB ; 1985) de Terry Gilliam, avec Jonathan Pryce, Kim Greist ; Robert De Niro…
Combos dvd/blu ray édités par Fox Retrouvez d'autres articles sur David Lynch : David Lynch - "Inland Empire" Concours Culturopoing/ Fox - des blu ray de Kagemusha et de Blue Velvet à gagner
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