Pendant que le monde entier (au moins) a les yeux rivés sur le chevet de Johnny à L.A. (pensez donc !), c’est un monument du cinéma français qui vient de s’effondrer dans un quasi anonymat. Car qu’auraient été des dizaines de films produits au cours de ces cinquante dernières années sans la présence, même furtive (souvent furtive) de Dominique Zardi ?...
Zardi avait un physique de boxeur. Normal, il en fut d’abord un, parmi tous les métiers, petits ou grands, que ce fils de Belleville, né d’une mère bretonne et d’un père juif italien, pratiqua avant de pénétrer les milieux du cinéma, d’abord comme cascadeur et figurant. Toute sa vie, il garda d’ailleurs un lien très fort avec le "noble art", au point d’avoir été, jusqu’à sa mort, le directeur de la revue Euro Boxe Show.
Il fut aussi, on le sait beaucoup moins, compositeur de pas mal de chansons (pour des films de Chabrol, essentiellement) et auteur d’une bonne douzaine de livres, principalement des romans (ou des livres… sur la boxe, pardi Zardi !) depuis 1971, le dernier en date étant Le Monde des truands, en 2008. Et c’est peu dire que, au moins par rôles interposés, il le fréquenta, ce monde-là…
Zardi, c'était souvent un élément du décor, comme ici entre Mylène Demongeot et Jean Marais dans "Fantômas contre Scotland Yard"
Du fait de son physique, Zardi était évidemment largement prédisposé aux rôles de p’tite frappe (son côté Elisha Cook Jr. des faubourgs, un peu), de mauvais garçon, d’homme de main un peu louche (un peu ?), mais aussi aux bons mots audiardiens. Il en aura eu plus que son compte, à commencer par ce dialogue mythique dans Faut pas prendre les enfants du bon dieu pour des canards sauvages, avec Bernard Blier : - J'ai bon caractère mais j'ai le glaive vengeur et le bras séculier. L'aigle va fondre sur la vieille buse.
- Ça c'est chouette comme métaphore.
- Ce n'est pas une métaphore c'est une périphrase.
- Ah, fais pas chier !
- Ça, c'est une métaphore !
Des films d’Audiard (réalisé par lui ou seulement écrit), il en aura tourné des tonnes, avec Chabrol et Mocky aussi, bien évidemment. Il débuta sa collaboration avec le premier sur Les Bonnes femmes (1960), dans lequel il était chevelu (!), et l’acheva avec Au cœur du mensonge (1999). Au milieu, beaucoup de ces petits rôles avec souvent son complice longtemps quasi inséparable Henri Attal.
Avec Mocky, il collabora très régulièrement depuis Les Vierges (1963), pratiquement jusqu’aux derniers films en date de l’octogénaire atrabilaire, rares étant ceux dans lequel on ne l’aperçoit pas au moins quelques secondes. Sa carrière aura d’ailleurs été remplie de pas mal de participations non créditées au générique, mais aura été riche de rôles (on en recense plus de 300, cinéma et télé confondus) dans les films les plus improbables mais aussi chez Decoin, Duvivier, Bresson, Becker, Godard, Fleischer, Gance, Clouzot, Melville, Buñuel, Verneuil, Costa-Gavras, Clément, Enrico, Oury, Berri, Giovanni, Sautet, Dassin, Molinaro, Granier-Deferre, Moullet, Caro & Jeunet… excusez du peu !
Avec son complice Henri Attal et la sublime Jacqueline Sassard dans "Les Biches"
Il manquera autant à ses proches (parmi lesquels sa nièce, Agnès Jaoui) qu’à tous les cinéphiles, particulièrement ceux qui savent ce qu’un film (surtout quand il est mauvais) peut valoir à des seconds rôles inoubliables comme l’était Dominique Zardi.
Présentation par lui-même de son livre, Le Monde des truands :
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