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Bill Plympton - Des idiots et des anges

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Posté par Lucie le 2009-01-01



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Angel, un homme égoïste qui passe ses journées au Bart’s bar, s’éveille un matin avec des ailes dans le dos. Il s’efforce de les dissimuler : les ailes lui font faire de bonnes choses, et lui n’aime pas beaucoup ça, mais en vain. Commence alors pour lui une lutte entre le Bien et le Mal. Après s’être inspiré d’un fait divers pour Les Mutants de l’espace, d’un rêve pour son précédent long métrage Hair High, Bill Plympton fait remonter la génèse de son dernier film à une journée passée au festival du film d’animation de Lille en 2005, lorsqu’on lui demanda justement quel serait le sujet de son prochain film. Il répondit sans vraiment réfléchir qu’il s’agirait d’un ange qui n’arrive pas à se faire à ses ailes, et en discutant, il trouva le concept vraiment attrayant, et commença à travailler sur cette idée. Trois ans plus tard, voilà l’oeuvre terminée, et notre enthousiasme est toujours plus grandissant. Plympton le sadique affuble son héros d’une paire d’ailes, signalant ainsi la dichotomie corps/âme qui régit chaque don de vie. Angel semble à priori sans âme, et ce sont ses excroissances qui le mèneront à revoir sa façon d’être. Il est toujours question du corps chez Plympton, et ce film ne déroge pas à la règle donc. Depuis les transformations surréalistes de Your Face qui le consacrèrent à la fin des années quatre-vingt, on a découvert des corps en explosion, des organes déchiquetés, et des pulsions de sexe et de violence omniprésentes. Cette fois il est question de la médecine spectacle, de ces ailes que tout le monde voudrait avoir. Pour évoquer son sujet favori, le corps comme ultime icône, Plympton convoque son humour cartoon, à base de répétitions, de formes éjaculatoires, et introduit le débris, écho certain (peut-être inconscient) à l’effritement averyen tel que le décrivait Robert Benayoun. Cependant les gags ne sont plus des automatismes, et Plympton se joue de notre attente de ces images de fornications ou de déformations. Le film s’ouvre sur Angel au lit au petit matin, lorsqu’une forme distincte et mouvante apparaît sous ses draps… Point d’érection pour cette fois, mais juste le réveil qui sonnait ! On reconnaîtra une nouvelle fois l’influence de Roland Topor, avec cet humour grotesque et cruel qu’est celui de Idiots and Angels.

Hair High, le bonbon acidulé de Bill




Un trait rough et des designs très plymptoniens


Pour ce qui est du graphisme, Plympton rompt complètement avec l’esthétique léchée et colorée à l’oeuvre dans Hair High, sur lequel des dizaines d’illustrateurs et d’animateurs, ainsi que des acteurs de renom pour les doublages, avaient travaillé, mais qui avait laissé le réalisateur endetté. Idiots and Angels est donc un film que ce dernier a contrôlé en tous points, puisqu’il a lui-même fait les décors et chaque dessin, un retour à son mode de travail plus qu’indépendant … autarcique. Avec ses longs métrages, Plympton effectue un pèlerinage à travers les décennies du XXème siècle et les genres cinématographiques. Après la science-fiction des Mutants de l’espace, après le teen movie sixties de Hair High, il s’attaque aujourd’hui aux années 1940 et à l’ambiance film noir, et y adapte son trait, un retour au crayonné brouillon et au style rough qui disent l’urgence et la tactilité du dessin. Pour finir de s’affranchir de ses anciens travaux, Plympton a choisi de réaliser un film quasiment muet, qui représente une économie d’argent importante (pas de doublages), et le rapproche d’un film qu’il aime particulièrement, Les Triplettes de Belleville de Sylvain Chomet. Face à l’éventuelle inquiétude qui pourrait poindre quant à cette absence de dialogues, Bill le branché a une nouvelle fois su faire preuve de toute sa maîtrise, puisque ce ne sont pas moins que Tom Waits -rencontré grâce à son vieil ami Jim Jarmush- ou Pink Martini qui signent la bande originale, et une partie de la promotion sera assurée via l’incontournable Facebook (c’est MySpace qui avait été utilisé pour Hair High). Malgré quelques longueurs dues à certaines séquences un peu trop « clipesques », Idiots and Angels trouve toute sa cohérence grâce au mode de production autonome et à l’esthétique spontanée employés pour soutenir la narration. Il est trop tôt pour dire si Idiots and Angels est l’œuvre charnière qui marque un virage dans la carrière de Bill Plympton, mais ce retour à l’esthétique du chaos est un changement qui mérite que l’on s’y intéresse vraiment. La force de Plympton, c’est cette motivation à s’investir entier dans son art.


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