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Nicolas Saada - "Espion(s)"

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Posté par Cyril Cossardeaux le 2009-01-14



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Un quidam ouvre une valise diplomatique en forme de boîte de Pandore et sa vie s’en trouve bouleversée.
On peut ici reconnaître le point de départ de La Sentinelle, de Desplechin, rapprochement d’autant moins stupide que Nicolas Saada, dont Espion(s) est le premier film, fut, il y a quelques années, le co-adaptateur pour le cinéma de la pièce d’Edward Bond La Compagnie des hommes pour ce même Desplechin.
Mais là où, en bon cinéaste plutôt bergmanien, Desplechin faisait de La Sentinelle une sorte de film d’action purement mental et intériorisé, Saada joue plus franchement la carte du film de genre (comme le titre du film l’annonce on ne peut plus clairement), mais à sa façon, qui rappelle un peu la réussite des Patriotes, d’Eric Rochant.

Guillaume Canet n’est pas Daniel Craig ou Matt Damon et le Vincent qu’il incarne encore moins James Bond ou Jason Bourne. Ce n’est d’ailleurs même pas un espion, ou alors de circonstance et à qui n’est finalement confié qu’une mission, certes dangereuse, mais que l’on pourrait qualifier de "niveau 1" : gagner la confiance d’un suspect (un riche industriel pharmaceutique britannique) et surtout de sa femme (facilité par le fait qu’elle soit française) pour obtenir des informations permettant d’élucider le mystère de l’explosion subite de la valise diplomatique syrienne précitée. Une mission de "simple espion", au fond, d’ailleurs le titre initialement prévu du film.

Toute l’intelligence de Nicolas Saada scénariste est de ne pas jouer la carte de la surenchère artificielle au regard du programme annoncé. Il y a même ici un côté "low profile" qui risque d’en dérouter plus d’un, désappointés par le rythme d’un film qui prend son temps, à des années-lumière de l’action movie alignant ses morceaux de bravoure sur le tempo des jeux vidéo, mais qui fait évidemment tout le charme et le prix du film. Passée une introduction respectant plus fidèlement les canons du thriller (avec en particulier une belle baston à poings nus à la sauvagerie que n’aurait pas renié le Anthony Mann de Marché de brutes), Espion(s) s’apparente finalement davantage au "DP" (pour drame psychologique) cher à Pariscope qu’au film d’espionnage stricto sensu.

Guillaume Canet


On ne dévoilera pas un grand secret en révélant que notre espion (malgré lui) à Londres va vite se trouver tiraillé entre le devoir qui lui est imposé (séduire la belle épouse pour obtenir des renseignements sur les louches fréquentations de son mari) et ses propres sentiments… L’éternel conflit du cœur et de la raison, qui nous emmène évidemment, s’agissant d’espionnage, sur les rivages du maître Hitchcock. A cet égard, l’intrigue d’Espion(s) se situe à peu près à mi-chemin entre Les Enchaînés et La Mort aux trousses. On connaît de pires figures tutélaires…

Film au rythme assez posé et plutôt psychologique ne signifie pas que l’action en soit tout à fait absente. En dépit d’un certain manque de moyens financiers qui fait que ça ne "pète" pas tout à fait comme à Hollywood, ces scènes de violence sont d’autant plus efficaces et choquantes qu’elles rompent totalement le cours du récit. Un peu comme les vrais attentats terroristes, finalement, qui viennent soudainement troubler la quiétude apparente de nos pays occidentaux en paix. Espion(s) est tout sauf un cours magistral de géopolitique (le pourquoi des visées terroristes syriennes n’est pas le sujet du film, plutôt un genre de mcguffin, finalement) mais il sonne d’autant plus juste aussi sur ce plan-là.

Guillaume Canet et Géraldine Pailhas


Le casting est une autre très belle réussite du film, aussi bien sur son versant français que britannique. Pour être tout à fait franc, on n’avait pas forcément jusqu’ici été complètement ébloui par les carrières cinématographiques de Guillaume Canet et Géraldine Pailhas. Leur couple fonctionne ici magnifiquement bien, particulièrement Géraldine Pailhas, toute en fragilité amoureuse frémissante.
Très belle révélation côté anglais aussi avec Archie Panjabi, déjà vue dans des petits rôles chez Gurinder Chadha (Joue-la comme Beckham), Fernando Meirelles (The Constant gardener), Ridley Scott (Une grande année) ou Michael Winterbottom (Un cœur invaincu). Son mélange de froid professionnalisme et de séduction font merveille dans le rôle d’un agent du MI5 dont les origines ethniques indo-pakistanaises ne sont jamais inutilement surlignées par le scénario.

Un dernier mot évidemment sur la musique, où l’on attendait Nicolas "Nova fait son cinéma" Saada au tournant…
Son expertise dans le domaine lui ouvrait probablement pas mal de portes. Il n’a pas choisi la plus médiatique avec celle de Cliff Martinez, compositeur assez discret et subtil, collaborateur privilégie de Steven Soderbergh (ils débutèrent de concert avec Sexe, mensonges et vidéo). Son score plutôt atmosphérique se situe dans la lignée de son travail sur Traffic ou Solaris. On aurait pu attendre une BO un peu plus typée, avec davantage d’aspérités. Mais Nicolas Saada est bien placé pour savoir que les BO les plus "spectaculaires" ne sont pas forcément la marque des meilleurs films…


Retrouvez également l'entretien que Nicolas Saada nous a amicalement accordé.


Pour info, la bande-annonce, comme souvent peu représentative du "ton" du film. Voilà un vrai sujet d’interrogation dans lequel il faudrait que l’on se plonge un de ces jours… Le film est en tout cas bien supérieur à sa bande-annonce !



Retrouvez d'autres articles sur Nicolas Saada :

Entretien avec Nicolas Saada à propos d’"Espion(s)"


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Commentaires
De : Ishmael

La fin de ta chronique me rassure. J'attends beaucoup de ce film et de Saada excellent critique par ailleurs, mais la bande annonce m'avait laissé un peu circonspect.

De : Infernalia

Je crois que l'on pourrait mettre cette phrase en exergue de la plupart des films. "Ne pas se fier à la bandes annonce" tel est notre mot d'ordre à Culturopoing !

De : Ishmael

ça reste encore hélas un des éléments qui peut me motiver dans l'envie de voir un film, comme j'ai du mal désormais à me motiver forcément sur le seul nom d'un cinéaste.

De : NOODLES

et vous l'avez vue, la bande annonce de RAMPAGE ?

De : gw

J'ai pour ma part été déçu par le film... Je trouve qu'il reste du mauvais côté de la frontière entre la lenteur ennuyeuse et la lenteur sensible. J'ai même trouvé le scénario d'un rare inintérêt, superficiel dans son intrigue, et aux relations entre personnages vraiment trop peu fouillées, voire contournées par des subterfuges confinant au cliché. Je trouve qu'on sent une tentative d'évitement des codes du film d'espionnage, mais d'une façon si didactique que je n'en vois pas l'intérêt : il y a comme des situations créées exprès pour montrer qu'il ne va pas tomber dans le cliché (par exemple quand Géraldine est dans le bureau de son mari : elle ne se fait pas surprendre par Malik!, elle le croise simplement dans l'ascenseur : quel intérêt de mettre en place un montage alterné, cliché, si c'est pour du vent ? d'autant que la suspicion que Malik en retire n'est pas exploitée). Il aurait mieux fait de se concentrer sur les jeux de confiance/méfiance qu'on sent latents mais qui sont toujours éludés au moment où ça peut devenir intéressant.
Pour moi, la scène emblématique de ça dans le film est celle du repas chez Géraldine, quand Canet rencontre Malik... à la place d'un jeu qu'on aurait imaginé subtil où chacun sait grosso modo qui est l'autre mais sans pouvoir le dire, la conversatin du repas est anodine jusqu'à que Canet défaille à la première question de Malik qui lui demande où il était il y a 2 ans. Arg!, vite le patron du MI5 appelle "il faut tout arrêter! c'est trop dangereux", et hop, le repas est fini on passe au salon... A partir de cette scène, évacuée avec l'eau du bain, j'ai commencé à m'ennuyer et à me demander à quoi bon faire un film aussi linéaire, aussi monotone, aussi "facile" dans l'évolution du scénario. Je n'ai réellement trouvé aucune profondeur, c'est cette facilité, les choses n'ont pas l'air de coûter aux personnages - d'autant que la posture ténébreuse prise par Canet monte en détestabilité au cours du film, le côté mec ultra lucide, donc cynique, pas à sa place dans la société pourrie, etc..
Pour moi ça n'est que du mimétisme de film lent, épuré, dont l'intrigue serait plutôt une gravitation autour d'un personnage ou d'un couple.

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