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Andrzej Zulawski - "La Troisième Partie de la Nuit"

Sorties DVD
Posté par Guillaume Bryon le 2009-01-08



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Andrzej Żuławski fait partie de ces metteurs en scène qui ont beaucoup défrayés la critique dans les années 70 et 80, surtout depuis son échappée en France avec L’Important c’est d’aimer. Admirateurs et détracteurs s’affrontaient avec virulence pour discuter sa liberté créatrice, et surtout les moyens employés. Pouvait-on tout faire pour faire ressentir une émotion radicale au spectateur ? Entre hystérie et morale de l’image bafouée, au moins son cinéma appelle t-il à la discussion. Aujourd’hui il a quelque peu perdu de son prestige, de par le long cycle « Sophie Marceau » qui n’emballa pas forcément loin s’en faut tous les défenseurs de l’auteur de Possession. L’édition en DVD de l’œuvre du cinéaste est plutôt chaotique, ce qui n’aide pas à se refaire une idée quelques années plus tard. Sont néanmoins sorties en novembre dernier trois œuvres inédites sur lesquelles Culturopoing va revenir.

Pour parler brièvement à la première personne, tous ce que j’ai pu voir du metteur en scène m’avait jusqu’ici au mieux laissé de marbre, au pire profondément agacé : le sentiment d’un univers prétentieux et complaisant qui étouffait des émotions sans doutes sincères. L’ambition expressionniste de Żuławski va jusqu’à forcer son spectateur, l’agripper, lui tenir la tête sous l’eau sans échappatoire. Un peu comme Michael Haneke tombe parfois dans de gros travers intellectuels : un autre cinéaste d’ailleurs très critique sur son média et son art, sauf qu’ici la prise d’otage et l’insatisfaction à résoudre est plutôt du registre de l’émotionnel. Pourtant son premier film, La troisième partie de la nuit, parvient toujours à éviter tous ces écueils en proposant néanmoins un ouvrage fort et radical.



Jusqu’ici seulement nantis d’une expérience télévisuelle, Żuławski passe sur le grand écran avec à l’évidence le désir d’évoquer des thèmes qui le tourmente, ayant trait à l’expérience de la guerre et de la désagrégation. La perte d’identité à la fois pour un individu et une nation, le film la recoupe habilement flirtant avec du Franz Kafka sous acide. Aussi étrange que puisse apparaître à l’écran cette idée d’un héros nourrissant des poux au sein d’un programme médical de vaccin contre le Typhus, elle s’inspire de l’expérience propre du père du réalisateur. En Pologne des milliers de personnes ont échappé à la déportation en livrant ainsi leur sang. Le film figure une véritable altération physique et mentale, transformant cette anecdote de l’histoire en un gigantesque labyrinthe où se pose nombre de questions existentielles sur la culpabilité. Même si le réalisateur ne peut s’empêcher d’expliciter un peu trop ses thématiques dans un final plus symboliste, les 90 minutes qui précèdent restent un dédale absolument fascinant et unique.

Le cinéaste avait-il besoin de régler des comptes avec sa famille ? La relation père/fils esquissée dans le film est particulièrement troublante, surtout quand on sait que le scénario a été écris en collaboration avec son père Miroslaw. Les Żuławski y passent en revu l’absolu de la religion et le manque de libre arbitre, le désir quasi pulsionnel de rédemption aussi dans un monde en lambeau. La construction s’affranchit des notions de chronologie et de flash-back pour toucher plus viscéralement le dédoublement et l’anima bouillonnant chez le personnage de Michal qui vit un lourd échec amoureux en ayant pris la femme d’un autre homme. Le réalisateur tente déjà des virées assez extrêmes dans la représentation comme lors d’une scène d’accouchement très spectaculaire. De même la musique est ouvertement anticonformiste avec ses accents électriques. Il y a pourtant comme une forme de retenue, et surtout une beauté plastique assez posée qui reste singulière ici par rapport à d’autres œuvres qui suivront. La photographie de Witold Sobocinski y est pour beaucoup, évoquant le récit d’espionnage onirique aussi bien que le cinéma de Tarkovski.



Film ambitieux possédant la sincérité autobiographique qui est souvent la précieuse essence des premiers ouvrages, La Troisième partie de la nuit peut-être un moyen de réestimer le cinéaste ou d’approfondir sa filmographie. C’est aussi une expérimentation sur comment filmer l’histoire avec justesse, en se détournant du factuel pur et des indices de temps et de lieux, toujours ici très flous. Comme si la guerre restait un cauchemar mental dans un hors temps esthétique, capable de s’étendre sur les générations suivante. Le malaise suscité ici offre sans doute bien plus de vérités que de nombreuses œuvres de reconstitution. Il serait intéressant de mettre en perspective avec le cinéma historique pratiqué alors dans son pays par Wajda.

Même si le DVD édité par Maladiva manque un peu de suppléments (surtout pour une œuvre d’une telle complexité qu’on aurait aimé voir en partie décryptée par son auteur ou un analyste quelconque), il faut se féliciter de la beauté de l’image. La restauration de ce film méconnu permet de profiter au maximum ici du travail du chef opérateur.


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