Je dois vous avouer que la perspective de voir des mercenaires bien musclés se battre contre des nazis-zombis m'aurait suffit amplement. Rien qu'évoquer le souvenir du
Lac des Morts-vivants où les nazombis (je proposerai bien une nouvelle typologie) en quête de vengeance s'attaquent à une équipe de volleyeuses nues, ou celui de
Shock Waves, plus sérieux déjà, véhiculant une terreur et une tension travaillées, aurait su contrebalancer un probable mauvais film, qui aurait enchaîner bourrinades et incohérences et épuisant bien vite son pitch si délicieux.
Et il a fallu que
Outpost prenne le contre-pied de son "on ne peut tuer ce qui est déjà mort" (avec force voix rauque, coups de violons et éclairs) plaqué sur la jaquette, qui le cataloguait puissamment dans la catégorie des films à acheter sous le coup d'une pulsion morbide.
Donc, non,
Outpost n'est pas terminé en dix minutes, n'est pas tant que ça un film de zombis et malgré la déception de ne pas avoir acheté un si mauvais film que ça,
Outpost reste assez ravissant. Sans accèder à l'autre extrême, celle du coup de génie improbable, il se démarque nettement par une mise en scène et une photo d'orfèvre d'une production d'horreur et d'épouvante actuelle accumulant les stéréotypes et le mauvais goût, pensant, par désinvolture, rejoindre quelque cinéma de genre mythique des années 70 ou 80 envié pour sa fraîcheur et sa liberté.
La trame est somme toute classique, mais c'est aussi s'assurer un fil conducteur net à partir duquel travailler librement la matière cinématographique (photo, mise en scène, découpage).
Des mercenaires sont engagés par un géologue pour l'escorter en plein coeur d'une forêt d'Europe de l'Est, où le but du voyage s'avère bien vite résider dans un bunker abandonné... ou pas tout à fait.
Les premières images font penser à
Dog Soldiers, l'arrivée en forêt, cette image froide et légèrement granuleuse qui crie sa nationalité anglaise. Néanmoins la teinte sépia de l'image évite l'impression de sordide à venir pour quelque chose de plus élégant, dirions-nous. Une construction concise de l'arrivée sur les lieux, la découverte du bunker perdu au milieu d'une vaste clairière, mène à une tension qui atteindra vite des paroxysmes de photographie à l'intérieur du bâtiment, où les jeux de faisceaux de lampes-torches combinés aux mobiliers ou piliers qui tranchent fréquemment l'écran font naître des peurs dont on sait pourtant qu'elles ne sont pas fondées : le code du film de genre impose un certain nombre de fausses frayeurs avant d'effectivement voir quelque chose bouger, là, dans le fond. Ce début de film absolument ravissant arrive-t-il trop tôt ?
Conclure ce havre de paix, où rien n'a enclenché véritablement le scénario et où les personnages ne sont encore que les éclaireurs du théâtre de l'action, a ceci de complexe qu'il s'agit de passer d'un univers de possibles au choix d'une réalité, aussi fantastique soit-elle. Cette réduction - quasi-inévitable - a rendu bien des premières parties excellentes et des secondes décevantes (je pense par exemple à
Je suis une légende), même si la nuance est souvent de mise.
Outpost ne déroge pas à la règle et accuse surtout le coup par sa galerie de personnages quelque peu stéréotypés : le scientifique mystérieux, le cowboy, le russkov, la petite frappe, etc. qui n'ont pas de dynamique propre et n'influent que de façon infime sur la conduite du film.
Là où
peut tirer son épingle du jeu, c'est en transformant la tension de l'attente en énergie ludique propre au film du genre : cadavres qui se déplacent dans le coup de mou de l'ampoule, apparitions fantômatiques en casque et manteau noir, un survivant inquiétant et surtout, cette réunion de la science et du surnaturel qui s'exprime en un puissant générateur électromagnétique, machine ronde et tentaculaire, mate et pleine de boulons, sortie tout droit d'un roman de Jules Verne.
En manipulant l'oscillation propre des soldats, ben, il devient possible de les rendre invincibles parce que, euh, ils sont dans une autre dimension... A peu près. L'idée, s'ils ne sont pas des zombis, c'est que ce sont des sortes de fantômes, assez efficaces, guidés uniquement par leur cruauté envers les hommes et leur affection envers leur mère-machine. Furtifs, impalpables, surhumains, ils déploient toute leur énergie dans une séquence quoiqu'étrange assez culotée de "sons et lumières" expressioniste finissant par leur inéluctable marche.
Le scientifique, très au fait des ondes électromagnétiques parviendra-t-il à régler la machine à son tour afin de sauver sa peau ? Cette machine, si puissante, n'est-elle pas qu'un mythe, un absolu auprès duquel il n'est possible que de se brûler les ondes ?

Steve Barker signe là un premier film avec de très bonnes choses, se démarquant d'une production globalement fade, dans les limites néanmoins du genre. Cette sortie DVD donne l'occasion de le voir en France, lui qui n'était pas sorti dans les salles malgré un engouement outre-manche ayant dépassé les espoirs que s'étaient fixés les distributeurs.
Il est dommage que les bonus se limitent à des interviews plus qu'anecdotiques des acteurs et à des scènes coupées en trop grand nombre et souvent peu pertinentes par rapport à un choix réel de réalisateur.