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Roger Watkins - "The Last House on Dead End Street"

Sorties DVD
Posté par gee wee le 2009-01-29



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The Last House on Dead End Street est un film étrange, expérimental, un peu hors du temps, bravant les limites de la fiction pour pénétrer différents niveaux de réalité et questionner la puissance/vérité de l'image.
Réalisé, écrit, monté, interprété par Richard Watkins en 1977, la légende veut que les 3/4 du budget (minime : 4000$) aient été consacrés à l'achat d'amphétamines. L'hallucination, le fantasme, une certaine folie, les pulsions exacerbées du personnage/auteur font donc déjà partie du film en quelque sorte. Presque instantanément, on en vient à se demander finalement à quoi sert l'image, pourquoi filmer, que filmer, que montrer ? L'image catalyse la violence, elle s'offre comme support et témoin privilégié (et nécessaire ?) de la part décadente de la société. L'image, élément particulièrement sensible au magma social, va nécessairement servir à cette fin de monstration. Pour le coup, The Last House on Dead End Street qui parle de "snuff movie" (films dont la violence est -censée- être réelle), sorti en 77 résume en quelque sorte l'émergence du film gore au début des années 70, comme révélation d'un nouveau pouvoir de l'image associé à sa "démocratisation".




J'aime beaucoup le début du film : Terry Hawkins vient de sortir de prison et maugrée quelque chose comme quoi il va [leur] montrer de quoi il est capable, en voix off, et sur une image d'un vieux bâtiment en brique qui peut fort ressembler à une université. Comme finalement une sorte d'hésitation initiale entre rentrer dans les rangs de la société ou s'en écarter à jamais. Bien entendu, et quelques secondes plus tard, alors qu'il rentre dans le bâtiment, désaffecté (sic) une image surgit : un homme masqué, des scènes de tortures ; où s'aventure donc notre ami ?, ne va pas là! Noooon!
Immédiatement orienté vers l'idée de filmer, notre héros dégote bien vite parmi ses anciennes connaissances et/ou paumés traînant ça et là un opérateur de fortune, et des acteurs/collaborateurs. S'emparant du vieux bâtiment de briques, ils y filment leurs premières images : le gardien aveugle de l'endroit, attaché à un poteau, est séduit par de jeunes demoiselles jusqu'à que cette scène malsaine se transforme en meurtre. Le tout avec théâtralité : Terry portant un masque antique en plâtre, une cape noire, énonçant quelque phrase sentencieuse : "tu vas ressentir de nouvelles sensations...".




La violence que Terry veut éprouver passe par sa représentation, elle doit être mise en scène, relever d'une certaine dramaturgie et brouiller les pistes.
Le fait de "mettre en scène" se retrouve dans chaque séquence de snuff. Elle n'a à mon sens aucun rôle dans le tournage. Si Terry est contacté par un producteur de vidéos érotiques voulant "aller plus loin" (pour toucher un marché que le sexe n'intéresse plus!), il n'a aucun intérêt pour le résultat film : il ne s'agit pas tant que le film soit vu qu'il soit seulement constitué en tant que tel. D'où l'esthétique poisseuse, l'image crade... le fait de filmer est suffisant. La mise en scène des crimes, dans ce sens, suit la dynamique subversive de l'image, en singeant des codes relationnels où l'espace fictif, joué, devient si faux que la violence y est rendue possible.
Au-delà de ce jeu, s'installe une réelle dramaturgie jouant sur la duplicité des vices et fantasmes des personnages, où la violence que Terry met à jour en les poussant à bout y était finalement latente. Telle femme se fait fouetter par un bossu au milieu de gens de bonnes familles, telle autre s'ennuie tellement qu'elle plonge aisément dans le sillage de Terry ; pendant que le réalisateur de films érotiques tente désespérément de faire rentrer son chien dans le cadre de sa dernière production (seule pointe d'humour du film). La ville est calme, apathique, indolente, les perversions bourgeoises vont être dérangées par la salissure, la vraie.
Il me semble que le film ne vise pas tellement à faire jaillir le laid derrière la beauté d'apparat (aujourd'hui lapalissade du film gore et d'horreur) mais le vivant derrière le morne, l'inactif, le déjà-mort, le vain. Cet accès à une vérité plus puissante, éclatante face à une hypocrisie mais à une routine inutile tient véritablement du rite (d'où aussi la mise en scène) : transformer son environnement à des fins mystiques, y réintégrer de l'humain - aussi mauvais soit-il.




La subversion est finalisée d'une certaine façon par comme une irréductibilité, une irrationalité dans le film qui s'organise autour du discours contradictoire de Terry : "ce n'est qu'un film" et "tout est réel", et une imprévisibilité de ses actes, un jeu constant sur les représentations justement où il est impossible de déceler un propos (formalisé) au film - pour peu qu'on croie encore qu'il existe!, tant tout semble être imaginé et fixé sur pellicule au moment du tournage. Le film existe au moment où il est tourné (seul moment où il peut exister) - peut-être un avant-goût du Dogme, probablement une excellente définition du snuff movie.

Reste dans The Last House on Dead End Street une sensation de malaise grimpante, où les séquences de tortures deviennent de plus en plus fortes, sans baisser en réalisme, jusqu'à une effroyable opération chirurgicale à vif qui marque comme qui dirait, le "clou" du film. Cette folie de Terry est d'autant plus effrayante, que réaliste elle-même, tout à la fois lucide et logique dans ses actes et guidé par ses pulsions les plus noires.
La question de la balance entre réalisateur et interprête, acteur et personnage, se pose donc avec plus de vivacité. Mais qui était ce Roger Watkins qui a signé le film sous le nom de Victor Janos, et a été crédité pour son rôle de Terry sous celui de Steven Morrison (tous les autres ont également des pseudos) ? Quelle part du film peut-être considérée comme réelle, souhaitons-nous encore croire à la distinction entre réalité et fiction ? Souhaitons-nous avoir vu ce film ?




Réédité chez NEO, The Last House on Dead End Street n'a pas été restauré, aucun membre coupé n'a été rajouté en post-prod numérique, les cris sont ceux d'époque (ah d'ailleurs, tout le son est post-produit, ce qui donne du cachet quoique contredit théoriquement mon idée d'instantané), et le sang est toujours aussi rouge. Le DVD bénéficie d'une pléthore de bonus, entre quatre courts de Watkins, des chutes de montage, des entretiens radio, un petit docu, le commentaire audio de Watkins (peut-être qui risque de gâcher le plus, disons, l'ambiguité du film et sa violence), d'autres documents (papier) toujours intéressants à lire. Voici un DVD soigné pour un film salopé...à voir!




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Commentaires
De : Infernalia

Excellente critique qui rend parfaitement compte du malaise incroyable qu'instaure ce "film", cet objet incroyable, expérimental, underground, tout ce qu'on veut, aux confins de l'abominable parfois. Comme me disait un ami récemment, avec ce film on à l'impression d'être branché sur le canal "vidéodrome" !

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