Avec Walkyrie, Bryan Singer avait des options assez limitées : récit d’un cinglant échec historique, il est difficile d’y mener une dramaturgie hollywoodienne standard. Le réalisateur s’évertue pourtant de faire de son film à la fois un hommage honnête à cette résistance d'officiers allemands, et un exercice de style sur le fil du rasoir en matière de faux suspens. S’il se montre respectueux en ouverture du film à vouloir intégrer avec fluidité l’idée d’une interprétation anglo-saxonne, le metteur en scène et son scénariste Christopher McQuarrie cherchent surtout ici à développer une tension limite sadique dans les moindres gestes qui peuvent se dérouler à l’écran. Le stress venant alors d’essayer de faire croire que tout peut basculer au moindre moment dans ce qui se déroule. La construction pourrait être mécanique, mais le montage et le découpage sont vraiment habiles, Singer ayant déjà expérimenté avec succès l’économie de moyens dans ses grosses productions précédentes. La représentation très ambiguë de l’esthétique du nazisme à l’œuvre dans Un élève doué semble aussi avoir trouvé un angle plus appaisé. Pour mémoire il faut rappeler que dans sa jeunesse l’auteur avait été jusqu’à approcher un groupe néo-nazi pour explorer cette fascination. Sobre et élégant (Singer a une certaine idée du cadre juste, et sans pose), ce Walkyrie s’en tire à bon compte même si son intérêt est au fond assez minime. A posteriori la mise en image révèle que ce plan de coup d’état était vraiment hasardeux et risqué, et le film s’impose en la matière comme un thriller déceptif plutôt que d’y oser le mélodrame et l’expressivité. C’est la soupape de sécurité du film et son manque de risque à se frotter avec le tragique. Avec Lust Caution, Ang Lee réussissait lui l’an dernier dans les deux registres et bien plus, et c’est là au fond les limites à se frotter directement aux failles pas toujours dramatiquement aisées de la grande histoire. Il n’en reste pas moins que l’idée d’un geste pour l’honneur est peut-être tout aussi bien servi de cette manière. Ceci évite également à l’héroïsme ou quelques scories américanisant (la famille, la morale chrétienne derrière le héros…) de devenir trop plombant.