A l’heure où l’on nous rabâche régulièrement de quelle manière il faut s’y prendre pour élever ses enfants - bien et sans fessée, de préférence -, il est peut-être temps de songer à la problématique inverse.
Les enfants sont rappelés tous les jours à l’ordre. Dis merci-bonjour-au-revoir, le tout avec le sourire. Tiens-toi droit. Ne mets pas les doigts dans ton nez (ni dans celui du voisin), ni les coudes sur la table (ni dans l’estomac de tes petits camarades). Ote tes pieds du fauteuil, de la table, de ses oreilles, de ma tête, et j’en passe. Mais ce qu’on omet souvent de leur expliquer - et pour cause -, c’est que les parents aussi, ça s’élève. Francoise Dolto n’y avait vraisemblablement pas pensé. Les parents non plus. Pourtant, s’ils savaient…
Heureusement Alain Le Saux rétablit partiellement les faits en s’attaquant à l’éducation des papas.
Le papa, espèce ronchonne, colérique et capricieuse, y est décrit comme un être à mi-chemin entre l’animal de compagnie et l’enfant de cinq ans. Il a ses humeurs, ses crises, ses moments de désarroi, d’euphorie, de frustration, que l’enfant doit apprendre à canaliser avec tact et flegme. Car, comme nous le rappelle M. Le Saux en première page : "On n’a qu’un papa. Comme il n’est jamais parfait, il est indispensable d’être informé sur les façons de bien l’éduquer. Un papa bien éduqué est un papa sans problèmes."
Donc, pour (bien) commencer, il ne faut pas se laisser impressionner, ni se laisser faire. Car "un papa ne peut pas faire tout ce qu’il veut". Pour autant, il ne faut pas non plus se mettre en colère. L’exercice de la main de fer dans le gant de velours n’est évidemment pas simple. Sans compter que le papa est malin. Il sait par exemple très bien faire semblant d’être malade pour ne pas aller travailler. Et là, pas question de se laisser embobiner.
Pourtant, Il ne faut pas non plus oublier que le papa est un être sensible qui a besoin d’être soutenu, aimé, écouté. Il faut donc l’aider à avoir confiance en lui. Pour ce faire, il ne faut pas hésiter à le complimenter, lui accorder un peu d’attention et de temps. En l’encourageant dans des activités d’expression personnelles, par exemple. Comme la peinture avec les pieds et les mains. Tant qu’il ne déborde pas sur les murs et range sa chambre.
Néanmoins, il ne faut pas perdre de vue qu’un papa ne peut pas tout comprendre, ce qui permet (entre autre) de s’éviter des explications trop longues où, de toute façon, il ne saisira pas la totalité de la subtilité des arguments de l’enfant bien avisé. Et "quand mon papa regarde une émission débile à la télévision, je ne le lui interdis pas, mais j’essaie de savoir pourquoi ça l’intéresse. Il vaut mieux avoir un papa moyen qu’un papa malheureux". Parlez-en à vos enfants lorsque vous vous prélassez devant le journal de 20h…
Tout au long de l’ouvrage, Alain Le Saux égraine une trentaine de conseils, illustrations à l’appui, qui aideront vos enfants à s’y retrouver. Car, si "éduquer un papa demande de l’intelligence et de la psychologie", c’est surtout un exercice long, compliqué, qui demande une attention de chaque instant, une grosse capacité de remise en question, une grande souplesse et qui n’est pas de tout repos. Surtout lorsqu’on vient à peine de rentrer à l’école primaire où l’on doit, en prime, se coltiner la maîtresse (cf. La Maîtresse n’aime pas, du même auteur).
Quand c’est un maître, si c’est un papa, il y a des chances pour que ce soit encore plus difficile. Surtout si ses propres enfants n’ont pas pris connaissance de l’ouvrage ! Il faut donc absolument le leur acheter. C’est un peu comme une sorte de "manuel de l’utilisateur". Utile même pour les parents qui auraient quelques soucis avec leur propre (grand) père. Parce qu’on oublie trop souvent qu’on le reste très longtemps, enfant, finalement… Et c’est là le vrai talent d’Alain le Saux. Il n’a pas oublié qu’il était enfant tout en restant adulte. Du coup, il nous livre mine de rien un petit livre tendre et joyeux d’éducation inversée permettant aux enfants de comprendre la position de leurs parents de manière légère et drôle sans pour autant leur donner des leçons. C’est tout simplement génial.