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Project: KOMAKINO : "The Struggle for Utopia"
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Combien de mondes entiers ont été créés par Joy Division ? Combien de groupes, dans l’histoire du rock, ont été l’épicentre d’une galaxie qui suscite un tel pouvoir d’attraction ? Attirant année par année de nouvelles vocations, protons de basse obsédante et mélodique, électrons de guitare électrique incisive et protons de batterie froide métronomique. Chaque Big Bang semble vouloir réinventer encore et encore cette musique froide et profondément émotionnelle. Entière. Froide au dehors et brulante à l’intérieur. Magma à l’intérieur d’un bloc de glace. Living in the Ice Age ? Pourtant l’actualité autour de Joy Division ne semble jamais avoir été aussi présente. Par le cinéma d’une part, deux films assez largement diffusés, y compris sur les écrans français, ont essayé de raconter leur histoire, tenter de comprendre le mystère qui échappe depuis plus de 30 ans à tous ceux qui ont dérivés de près ou de loin autour de cette galaxie. Sous forme fictionnelle avec Control d’Anton Corbijn en 2007 et sous forme documentaire avec le sobrement intitulé Joy Division de Grant Gee cette année. Un peu plus tôt, il y avait aussi eu 24 Hours Party People de Michael Winterbottom, certes centré sur le label Factory mais avec un large chapitre sur Joy Division, et Under Review un recueil d’entretiens de critiques rock autour de ce qu’il faut bien appeler un mythe. Il suffit de voir Ian Curtis face à une caméra, le regard perdu et habité, pour comprendre la fascination de ces cinéastes. Et le nôtre, aussi incapable d’oublier le choc originel. Notre premier Big Bang. Par la musique aussi, bien entendu, et ils sont nombreux à rechercher dans des coffres et des grimoires la formule de ce rock habité et froid, lyrique et incandescent, robotique et bouleversant. Interpol, Editors plus récemment The Horrors, pour citer certains des plus connus. Tous ont pioché dans les ingrédients avec plus ou moins de réussite. Par son patronyme Project: KOMAKINO annonce clairement la couleur (le noir, bien sûr), puisqu’il se réfère au nom d’un flexi de Joy Division distribué gratuitement à l’époque d’Unknown Pleasures, le premier album du quatuor. Toutefois, contrairement aux groupes cités - Editors lorgne vers le rock héroïque (pompier ?), The Horrors vers le garage rock, Interpol vers les Chameleons ou les Talking Heads -, Project: KOMAKINO semble vouloir ignorer 30 ans de (r)évolutions musicales pour ce concentrer sur la sève de cette musique, celle de Joy division bien sûr, mais aussi celle de Section 25, qui fréquentait les mêmes glaciers sur le label Factory. D’ailleurs, à la première écoute, on se dit que c’est un peu ridicule, trop proche, trop apprêté, trop scolaire pour émouvoir. ![]() Pourtant, il y a quelque chose… On scrute la pochette, elle nous fait penser au Velvet Undergroud, la musique se fait plus proche, s’éloigne de la copie carbone et de l’hommage un peu vain, des halos de lumière percent des nuages menaçants. La voix, profonde, montre une ampleur insoupçonnée. Elle a d’ailleurs, sur certaines chansons, pas mal de similitude avec celle Andrew Eldritch, le chanteur de Sisters of Mercy période Body and Soul, dans les intonations et le phrasé (avant la descente d’une octave supplémentaire à la vue d’un monde noir - décidemment on gravite dans l’astronomie ici). Certes, l’album manque de relief, l’alternance de chansons lentes et plus rapides agace un peu mais quatre chansons finissent par nous convaincre. Quatre chansons qui clôturent l’album et mettent en exergue les huit premières, leur donnent relief et nous démontrent que ce monde est habité. Quatre remix, tous différents, qui propulsent les chansons vers un monde plus hédoniste, serein, calme. Ailleurs aussi. Ralentissent le pouls, le teintent d'ambiant, de pulsations, de rythmes, diffractent le son avec du verre pilé. On s’était dit tout le long de l’album qu’ils leur manquait leur Martin Hannett. Ils en ont trouvé quatre. Le plus révérencieux, celui de Tom Furse (de The Horrors) , où la boîte à rythme très Cocteau Twins circa Garlands, mêlée de nappes de sythé qui semble s’être expulsées de Closer, nous trouble profondément.. Celui de E-Gold débute façon electro belge, y ajoute boucles mélodiques et rythmes robotifs pour finalement nous faire bouger les bras. Les deux autres ne manquent vraiment pas de charme non plus. Finalement un monde bien plus profond qu’on ne l’avait imaginé et qui, même s’il n’est pas révolutionnaire, trouve sa juste révolution autour du soleil noir des musiques habitées. Site du label Desire Records.
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